Mar 17 2017

Un des plus beau texte de la bible; le Qohélèt ou Ecclésiaste 3:1-8

Qohélèt: la déconstruction

Paroles de Qohèlèt, le fils de David, roi de Ieroushalaîm.
Fumée de fumées, dit Qohèlèt; fumée de fumées, tout est fumée.
Quel avantage pour l’humain en tout son labeur,
dont il a labeur sous le soleil ?
Un cycle va, un cycle vient; en pérennité la terre se dresse.
Le soleil brille, le soleil décline; à son lieu il aspire et brille là.
Il va au midi, il tourne au septentrion, il tourne,
tourne et va, le souffle, et retourne sur ses tours, le souffle.
Tous les torrents vont à la mer et la mer n’est pas pleine.
Au lieu où les torrents vont, là, ils retournent pour aller.
Toutes les paroles lassent, l’homme ne peut pas en parler.
L’oeil ne se rassasie pas de voir, l’oreille ne se remplit pas d’entendre.
Ce qui a été sera, ce qui s’est fait se fera:
il n’est rien de tout neuf sous le soleil.
Il est une parole qui dit: « Vois cela, c’est neuf ! »
C’était déjà dans les pérennités, c’était avant nous.
Pas de souvenirs des premiers, ni même des derniers qui seront,
pas de souvenir d’eux, ni de ceux qui seront en dernier.

Qohélet 1:1-11, traduction de l’auteur juif André Chouraqui Lire la suite


Mar 17 2017

La non-dualité ça sert à quoi?

21 manières de demeurer en paix 

 

de Byron Katie
Compilation de Mary Lynn Hendrix

Introduction.
Ce qui suit représente des pratiques simples mais puissantes qui peuvent
vous offrir de nouvelles manières de considérer les circonstances de votre
vie et, par cela, de créer de nouvelles possibilités de réalisation de soi.

 

1. Inverser les jugements
Remarquez dans la pratique lorsque vous jugez ou critiquez quelqu’un ou quelque chose.
Par exemple, au rayon de l’épicerie, vous êtes impatient et pensez que la personne devant vous est mal organisée et impolie.
Rapidement, renversez votre jugement et demandez-vous :
– Est-ce que cela est vrai aussi pour moi ?
– Suis-je impoli ?
– Suis-je parfois impoli ? Envers les autres ou envers moi-même ?)
– Suis-je impoli en moi-même lorsque je pense que les autres sont impolis ?
Cet exercice amène votre attention en dehors de l’autre et place votre attention sur vous-même. Le pardon en résulte naturellement. Placer la responsabilité ou le jugement sur quelqu’un d’autre vous ôte tout pouvoir de changer votre expérience.

Accepter la responsabilité de vos croyances et de vos jugements vous accorde  le pouvoir de les changer. Souvenez-vous, au-delà de l’apparence de celui que vous regardez, il s’agit toujours de Dieu qui est camouflé, debout devant vous, pour que vous puissiez vous connaître. Renverser ses jugements permet le pardon total. Le pardon mène à la conscience de soi et rétablit l’intégrité personnelle.


2.  Les trois formes d’affaires
Remarquez, lorsque vous blessez, que vous êtes intellectuellement en dehors de vos affaires. Si vous n’êtes pas certains, arrêtez-vous et demandez-vous : «Intellectuellement, dans quelle affaire est-ce que je me trouve ?».
Il existe trois sortes d’affaires dans l’univers : les miennes, les vôtres et celles de Dieu.
– De quelles affaires s’agit-il lorsqu’un tremblement de terre se produit ? Celles de Dieu.
– De quelles affaires s’agit-il si le voisin d’en bas de la rue a une vilaine pelouse? Celles de votre voisin.
– De quelles affaires s’agit-il si vous êtes en colère contre votre voisin d’en bas de la rue parce qu’il a une vilaine pelouse ? Vos affaires.
La vie est simple, c’est à l’intérieur.
Comptez, dans des intervalles de cinq minutes, combien de fois vous vous mêlez mentalement des affaires d’autrui. Notez lorsque vous donnez un conseil non demandé ou offrez une opinion sur quelque chose (à haute voix ou silencieusement).
Demandez-vous :
– Est-ce que je me mêle de ses affaires ?
– M’a-t-il demandé mon conseil ?
Et, le plus important :
– Puis-je prendre le conseil que j’offre et l’appliquer dans ma vie ? 3. Etre dans les affaires de personne
Après avoir travaillé sur la pratique de demeurer en dehors des affaires des autres, essayez de demeurer aussi en dehors de vos propres affaires.

Considérez sans gravité tout ce que vous croyez savoir sur vous-même.

«Je suis contenu et limité dans ce corps physique».

– Est-ce vrai ?
– Puisque savoir absolument que cela est vrai ?
– Qu’est-ce que j’obtiens en maintenant cette croyance?
– Il y a une croyance répandue que nous sommes notre corps et que nous mourrons. Qui serais-je sans cette croyance ? 4.   Se détacher de son corps, de son histoire
Essayez de parler de vous-même, durant un moment, à la troisième personne plutôt que je ou moi.

Au lieu de dire «Je vais déjeuner», dites «Elle/il va déjeuner» (en se référant à vous-même) ou «Celle-ci/celui-ci va déjeuner».
Faites-cela avec un ami durant une heure, l’après-midi ou la journée entière. Eliminez l’utilisation de tous les pronoms personnels (je, moi, nous).
Par exemple :
– Comment va celui-ci (ou celui-là) aujourd’hui ?
– Veut-il aller au parc ?
Faites l’expérience du corps de manière impersonnelle, ainsi que des histoires et des préférences que vous croyez incarner.

5. Parler au présent
Devenez conscient de la fréquence de vos conversations centrées sur le passé ou le futur. Soyez conscient des verbes que vous utilisé : était, faisait, fera, va faire etc. Parler du passé dans le présent, c’est le ré-éveiller et le recréer complètement dans le présent, pas seulement dans nos esprits, ce qui nous éloigne à ce que le présent représente pour nous en ce moment.
Parler du futur, c’est créer et vivre avec un fantasme. Si vous voulez faire l’expérience de la peur, pensez au futur. Si vous voulez faire l’expérience de la honte et de la culpabilité, pensez au passé.

6. Faire la vaisselle
«Faire la vaisselle» est une pratique d’apprentissage de l’amour de l’action en face de vous. Votre voix intérieure ou intuition vous guide toute la journée dans des tâches simples tels que faire la vaisselle, conduire au travail ou nettoyer le sol. Autoriser la sainteté de la simplicité. Ecouter votre voix intérieure et ensuite agir selon ses suggestions avec une confiance implicite crée une vie avec plus de grâce, sans effort et miraculeuse.

7. Écouter la voix du corps
Le corps est la voix de notre esprit et il vous parle à travers des mouvements physiques tels que les contractions musculaires -tels que les tics, les élancements, les chatouillements et la tension-, pour n’en nommer que quelques-uns uns.
Devenez conscient de la fréquence à laquelle vous vous éloignez de la paix ou de la tranquillité.
Pratiquez la tranquillité et laissez votre corps vous parler à partir de l’endroit où votre esprit se contracte, peu importe la subtilité de la contraction vacillante. Lorsque vous remarquez une sensation, enquêtez à l’intérieur.
– Quelle situation ou pensée contractée déclenche cette sensation physique ?
– Suis-je hors alignement de mon intégrité dans cette circonstance, et si oui, où ?
– Suis-je désireux de laisser partir cette croyance ou cette pensée qui fait se contracter mon corps ?
Ecoutez et permettez aux pensées de vous guider et retournez à la paix et la clarté intérieure.

8. Faites-vous un rapport
Cet exercice peut aider à soigner la peur et le sentiment de terreur.
Pratiquez l’élaboration de rapports sur les évènements comme si la circonstance dans laquelle vous vous trouviez était en fait une nouvelle et que vous en soyez le reporter itinérant. Décrivez exactement l’environnement et ce qui se passe « sur la scène » au moment précis. La peur est toujours le résultat de la projection d’une re-création du passé dans le présent ou le futur.
Si vous vous découvrez être dans la peur, trouvez la croyance qui en est au cour et enquêtez :
– Est-il vrai que je dois avoir peur dans cette situation ?
– Que se passe-t-il réellement en ce moment-même, physiquement ?
– Où se trouve mon corps (mains, bras, pieds, jambes, tête) ?
– Que vois-je (arbres, murs, fenêtres, ciel) ? La dépersonnalisation de nos histoires nous offre une occasion de considérer les circonstances plus objectivement et de choisir nos réponses à ce que nous apporte la vie. Vivre dans nos esprits, croire nos pensées fausses est une bonne manière de nous effrayer à mort et cela peut apparaître sous la forme de la vieillesse, du cancer, de la dégénérescence, de l’hypertension artérielle, etc.


9.   L’écoute fidèle
Pratiquez l’écoute des autres au sens le plus littéral, croyant exactement ce qu’ils disent et faites le mieux possible pour résister à l’envie de tomber dans vos propres interprétations de l’information qu’ils partagent avec vous.
Par exemple, quelqu’un peut vous faire des compliments sur votre beauté, et vous l’interprétez comme une insinuation que cette personne a des motifs inavoués. Nos interprétations sur ce que nous entendons dire de nous par les autres sont souvent de loin plus douloureuses ou effrayantes que ce que les autres disent réellement. Nous pouvons nous blesser par nos idées fausses et notre habitude à penser à la place des autres. Essayez de croire que ce qu’ils disent est exactement ce qu’ils veulent dire : ni plus, ni moins.
Ecoutez les autres jusqu’au bout.
Rattrapez-vous lorsque vous désirez achever une phrase pour quelqu’un, soit à haute voix soit dans votre esprit.
Ecoutez. Il peut être étonnant d’entendre ce qui vient lorsque nous permettons aux autres d’aller jusqu’au bout de leurs pensées sans interruption. Et lorsque nous sommes occupés à penser à ce qu’ils vont dire, nous manquons alors ce qu’ils disent réellement. Vous pouvez considérer ces questions :

– Qu’est-ce qui peut être menacé si j’écoute et entends de manière littérale ?
– Est-ce que j’interromps parce que je ne veux pas réellement savoir ce que l’autre a à dire ? Est-ce que j’interromps  pour convaincre que j’en sais plus que lui ?
– Est-ce que j’essaie de dresser une image de confiance en soi et de maîtrise ?
– Qui serais-je sans le besoin de posséder ces qualités ?
– Est-ce la peur d’apparaître comme non intelligent ?
– Est-ce que les autres me quitteraient si je les écoutais fidèlement et ne m’engageais plus dans des jeux manipulateurs ?

10. Parler honnêtement et fidèlement
Parlez fidèlement, littéralement. Dites ce que vous voulez dire sans justification, sans aucun désir de manipuler et sans vous inquiéter sur comment l’autre va interpréter vos paroles. Exercez-vous à ne pas être prudent. Faites l’expérience de la liberté que ceci apporte.

11. Observer la pièce
Imaginez-vous au balcon, regardant votre drame favori sur vous et ce qui vous bouleverse. Contempler l’histoire sur la scène en dessous. Observez comment vous avez assisté à ce drame des centaines, peut-être des milliers de fois. Observez cela  jusqu’à ce que vous vous ennuyiez.
Les acteurs doivent exagérer leur rôle pour conserver votre attention. Notez le moment où vous devenez honnête avec votre ennui, où vous vous levez de votre siège, quittez le balcon, sortez du théâtre et allez dehors. Sachez que vous pouvez toujours y retourner. Qui seriez-vous sans votre histoire ?

12. Regarder une deuxième version de la pièce
Ecrivez votre histoire à partir des yeux et de l’esprit d’une autre personne. Ecrivez autant de versions avec autant de résultats que vous le voulez. Remarquez ce que vous remarquez.

13. S’entraîner à la polarité
Si vous vous trouvez demeurer avec une pensée négative, entraînez-vous à aller vers l’extrême ou la polarité positive opposée. Lorsque vous vous surprenez à glisser à nouveau dans la négativité, choisissez à nouveau de retourner à la polarité positive et demeurez présent à votre choix conscient.
Percevez-en la vérité. Il n’y a que l’amour, et ce qui n’apparaît pas en tant qu’amour est un appel déguisé pour l’amour.
C’est notre droit de naissance que de vivre dans la polarité positive d’amour et de vérité.

14. Le processus d’amour de soi
Dressez la liste de tout ce que vous aimez chez une personne et partagez-le avec elle. Puis, accordez-vous tout ce qui est sur la liste. Vous pouvez aussi reconnaître que ce que vous aimez chez quelqu’un d’autre est aussi vrai chez vous. Puis laissez la plénitude s’exprimer dans votre vie.

15. Etre dans l’honnêteté
Entraînez-vous à bouger et à répondre à partir de l’honnêteté. Riez, pleurez, criez et parlez tel que cela est véritablement vrai pour vous en  chaque instant. Soyez à nouveau un enfant ; agissez en complète honnêteté avec vos sentiments. Ne laissez pas les croyances compromettre votre intégrité. Par exemple, entraînez-vous à quitter une pièce honnêtement sans manipuler ceux que vous laissez derrière vous avec une excuse polie. Vivez votre vérité sans chercher à vous expliquer.

16.Demandez ce que vous voulez – Accordez-vous ce que vous voulez
Demandez ce que vous voulez, même si vous vous sentez intrépide ou maladroit. Les autres ne savent pas ce que vous voulez avant de le leur demander. L’acte de demander est une validation de la prise de conscience que vous méritez d’obtenir ce que vous désirez. Si les autres sont incapables ou non disposés à répondre à votre demande, accordez-vous la vous-même.

17.La conscience de vous
Reconnaissez que celui en face de vous est vous. Au-delà de toutes les apparences et personnalités réside l’essence de la bonté, qui est vous. Vous souvenir de votre présence sous toutes les formes vous ramène immédiatement au moment présent, dans la crainte mêlée d’admiration de la plénitude intérieure. La personne  en face de vous va devenir une occasion de vous connaître. Le coeur déborde d’amour et de gratitude, annonçant humblement : « Oh ! Oui, cette personne ou situation est là pour que j’apprenne qui je suis ».

18. La gratitude pour soi
Durant 24 heures, cessez de regarder en dehors de vous pour une validation.
L’autre aspect en cela est que vous devenez l’expérience de la gratitude.

19. Le miroir de la vanité
Si vous voulez voir qui vous n’êtes pas, regardez dans le miroir. Utilisez le miroir une seule fois dans la journée seulement. Qui seriez-vous sans votre miroir ? 
20. Au-delà de la justification
Commencez à remarquer à quelle fréquence vous vous expliquez ou vous vous justifiez, vous justifiez vos paroles, vos actions, vos décisions, etc.

– Qui essayez-vous de convaincre ?
– Et quelle histoire perpétuez-vous ?
Prenez conscience de votre utilisation du mot «parce que» ou «mais» lorsque vous parlez. Interrompez votre phrase immédiatement. Recommencez-la. La justification est une tentative pour manipuler l’autre personne ; décidez d’être tranquille et sachez.

21. Le cadeau de la critique
La critique est une occasion incroyable de progresser. Voici quelques points sur comment recevoir la critique et en tirer bénéfice.
Lorsque quelqu’un dit que vous êtes mauvais, épouvantable, mou, etc., dites (soit dans votre
esprit, soit de vive voix à la personne) «Merci».

Cette pensée nous porte immédiatement dans un espace où vous êtes disponible pour entendre et utiliser l’information d’une manière qui vous serve. A la suite de la critique, demandez-vous : «Ai-je mal ?» Si la réponse est «Oui», alors sachez que quelque part en vous, vous croyez en la critique aussi. Connaître cela vous donne l’occasion de guérir cette partie que vous trouvez inacceptable en vous.

Si vous voulez arrêter d’être vulnérable à la critique, alors soignez les critiques. Tel est le pouvoir ultime pour laisser tomber tout concept. Être vulnérable signifie que vous ne pouvez plus être manipulé puisqu’il n’y a plus de place pour planter la critique.

C’est la liberté.

Pour télécharger le document pdf, cliquez sur le lien suivant :http://www.thework-france.com/21%20facons%20de%20rester%20en%20paix.pdf

 


Mar 17 2017

Juliette et l’Ange

Juliette Binoche

Ses succès à l’écran ne l’ont pas fait dévier de sa simplicité. Quand elle obtient un Oscar à Hollywood, début 1997, elle se sent légère, presque non responsable : l’essentiel n’a fait que la traverser. Comment fait-on pour résister ainsi à la pression des images ? On l’interroge. Elle répond parfois : “Les Dialogues avec l’ange me sont une aide constante.” Les Dialogues racontent une expérience spirituelle extrême, survenue à un petit groupe d’artistes hongrois, en pleine Seconde Guerre mondiale. Le plus improbable des chants de joie, un psaume venu du bord de la Shoah… Quel rôle joue pour Juliette Binoche ce livre qu’elle ne quitte pas, mais que les innombrables articles parus sur elle dans la presse ne mentionnent que rarement ?

© photo : www.juliettebinoche.fr.st

Nouvelles Clés : Comment avez-vous rencontré Les Dialogues avec l’ange ?

Juliette Binoche : J’avais vingt-cinq ans et j’étais au fond du trou. Le tournage des Amants du Pont Neuf, dirigé par Léo Carax, venait de s’interrompre pour la seconde fois. Nous n’avions pas un sou devant nous, je ne savais plus du tout où nous allions. J’étais prise de vertige. En même temps, l’expérience était très forte. Je me trouvais en attente… Quelque temps plus tôt, une amie danseuse, dont j’avais suivi les cours pendant que nous jouions L’insoutenable légereté de l’être, m’avait offert Les Dialogues tels que je les ai vécus, de Gitta Mallasz. Un rapide coup d’œil m’avait donné envie de lire ce livre, mais je n’en avais pas eu le temps. Le long tournage des Amants a commencé. Je me suis retrouvée emportée par une activité débordante – même quand toute la production s’arrêtait, je continuais à suivre des cours de danse, de peinture, d’anglais, etc. Je me préparais sans le savoir (rire tonitruant), à la fois physiquement et spirituellement. Mais un jour, j’ai attrapé la grippe. Je me suis retrouvée au lit pendant plusieurs jours. J’ai alors pu rouvrir le livre de Gitta et je l’ai dévoré d’un bout à l’autre, sans pouvoir m’arrêter. Cette lecture m’a remplie de légèreté. Tout d’un coup, je respirais un oxygène que je reconnaissais et qui m’avait manqué depuis des années. Je dois dire que, d’abord, je n’ai pas compris que ce livre renvoyait à la lecture d’un autre, plus important, Les Dialogues avec l’ange en entier. Les courts passages qu’en avait extraits Gitta Mallasz m’ont longtemps suffi.

N.C. : Beaucoup de lecteurs, je crois, ont abordé ce livre par le commentaire de Gitta… Mais vous, qu’est-ce qui vous réjouissait tant ?

J.B. : Il y en aurait à dire… Je me souviens que l’une des premières choses qui m’ait frappée fut la façon dont Gitta parlait des couleurs… Tout son langage, simple et direct, m’allait droit à l’intérieur. Elle savait mettre en mots des sensations, des idées que je connaissais mais que je n’avais jamais su exprimer. L’une des phrases des Dialogues que j’aime citer est “ Vous êtes des éveilleurs, pas des rêveurs. C’est pour cela qu’il vous faut rêver ! ” Je trouve ça sublime. Tout le travail de l’acteur se trouve condensé dans ces quelques mots. Au début, j’étais si enthousiaste que j’ai acheté des dizaines d’exemplaires du livre, pour les distribuer autour de moi. Le besoin de donner ce que j’avais reçu. C’est devenu un révélateur dans ma relation aux autres : il y avait des réactions tellement différentes ! Avec certains, nous nous recevions tout de suite cinq sur cinq. D’autres me fuyaient, comme s’ils découvraient que j’étais devenue folle, ou fanatique. D’autres se faisaient du souci pour moi… ma sœur Marion, par exemple, pour qui un tel livre est automatiquement synonyme de secte – même si elle ne l’a jamais ouvert ! Un jour, quelqu’un en qui j’avais confiance a comparé mon attitude à une épidémie (rire). Mon côté trop volontaire. Comme Gitta Mallasz, qui voulait toujours bien faire… Mes profs d’art dramatique, Jean-Pierre Martino et Véra Gregh, ont heureusement su m’aider à dépasser mon volontarisme.

N.C. : De quelle façon ?

J.B. : Quand je suis sortie du giron de ma mère, qui avait commencé à m’apprendre le théâtre à l’école, avec ses élèves, je voulais surtout lui prouver que j’étais capable de jouer seule. Du coup, je formulais tout à haute et intelligible voix, avec beaucoup trop de bonnes intentions. Véra Gregh, la première, a chamboulé tout ça. En cassant brutalement mon jeu et en me faisant pleurer sur scène – alors que nous patientions pendant de longues semaines, à attendre que vienne la chance de pouvoir jouer, ne serait-ce que quelques minutes, devant elle. Véra m’a montré que, par le silence, on en fait passer autant, sinon bien davantage, et bien autrement.

« Il m’est arrivé de lire les Dialogues avec l’ange en plein tournage. Sinon j’aurais étouffé… »

N.C. : Vous êtes devenue une actrice dont on guette les silences. C’est une autre phrase des Dialogues : le silence est parole.

J.B. : Mais les acteurs en ont tellement peur, du silence ! Chaque société a les artistes qu’elle mérite. Aujourd’hui, ils fuient souvent leur angoisse dans l’activisme. La question est d’être vrai. Il faut savoir s’arrêter complètement. Moi, le fait de peindre m’a beaucoup aidée à être plus vraie. Au conservatoire, Jean-Pierre Martino nous disait qu’il fallait passer du jeu sincère au jeu vrai. Toute la différence entre faire et être. J’ai eu la chance d’avoir des profs qui me fassent comprendre que le travail d’acteur implique d’abord un travail sur soi. Il s’agit de s’accepter tel qu’on est, pour le meilleur et pour le pire. Comment pourrais-je être vraie vis-à-vis de millions de personnes si je ne le suis pas vis-à-vis de moi-même ? Comment me vider et me mettre intérieurement à nu, pour me retrouver “ au service ”, pour reprendre l’invitation de l’Ange aux quatre amis ? Si je ne me connais pas assez moi-même, je ne saurai laisser passer par moi le rôle que je dois jouer, et le jeu sera impossible. Souvent, quand le tournage reprend et qu’une centaine de personnes sont là à attendre que que vous vous mettiez à jouer votre rôle, vous priez très fort pour que ça vienne ! Et vous vous demandez par quel miracle le message va encore une fois passer.

N.C. : La prière a une place dans votre vie ?

J.B. : J’ai grandi assez classiquement, dans la religion chrétienne. Mon père est un iconoclaste qui fut longtemps incroyant, mais sa famille était très catho – du genre qui s’effarouche de la moindre vivacité des enfants. Je n’aimais pas trop ça. Ma mère, d’origine polonaise, était aussi catholique. C’est une intellectuelle, qui avait milité au parti communiste avec mon père, avant de tout laisser tomber, dégoûtée, à la fin des années cinquante. À la messe, elle passait son temps à lire et ne levait les yeux que pour écouter le sermon. Elle tenait néanmoins à ce que ses enfants ait une formation intérieure. Un jour, alors que nous changions les draps, je me souviens lui avoir demandé si elle croyait en Dieu. Elle m’a répondu : “Je ne sais pas.” Cela m’a sidérée. Je me posais énormément de questions existentielles. Qu’on ne sache pas dire pourquoi nous sommes sur terre me semblait impossible. Je réagissais de façon plus physique qu’intellectuelle. Pour moi, la spiritualité n’est jamais passée par le mental. Ça ne m’angoissais pas ! Dans le Loir-et-Cher, j’aimais beaucoup les réunions de “ feu nouveau ”, là-bas, on appelait le catéchisme comme ça. Une dame très gentille venait nous chercher dans sa vieille Aronde et nous racontait des histoires, tandis que nous partagions nos gâteaux entre enfants. Dans l’ensemble, je garde aussi un bon souvenir de toutes les écoles catholiques où je suis allée – le règlement scolaire m’embêtait beaucoup plus que les lois divines ! Il faut dire que le christianisme que j’y ai rencontré était très naturellement œcuménique – dans l’état d’esprit de Taizé, où je suis allée deux fois, avec un grand bonheur, puisqu’on y rencontrait aussi bien des musulmans ou des juifs que des chrétiens. Après l’adolescence, j’ai traversé comme la plupart des gens une période où toute prière ou sentiment religieux avaient disparu de ma vie, pour laisser la place à l’action. C’est la raison pour laquelle, quelques années après, j’ai éprouvé un tel réconfort lorsque j’ai découvert les Dialogues. L’endroit d’où je les lisais ressemblait un peu, certains jours, à l’enfer. Pour moi, l’enfer c’est d’être enfermée. Alors que le paradis correspond à l’ouverture. Mais je crois que même au fond de l’enfer, il reste toujours un point de lumière…

N.C. : Encore faut-il avoir l’idée, la volonté, la chance de voir cette lumière !

J.B. : J’avais un tel désir de la rejoindre ! Sans doute parce que je suis d’un optimisme incorrigible. Mais comment pourrions-nous vivre sans optimisme ? J’en avais besoin. Je traversais une période sombre. Certains films me tiraient vers le bas. Mais c’était aussi une période très dense. Après m’avoir permis de trouver la force d’achever les Amants du Pont Neuf, les Dialogues m’ont aidée à faire des choix. À ne pas laisser traîner les choses. À trancher. Dans ma vie privée comme professionnelle. Sur certains tournages difficiles – celui de Fatale, par exemple -, dès qu’une prise de vue était finie, j’éprouvais le besoin d’aller me recentrer en lisant un passage, d’aller boire de cette parole de liberté ! (rire) Sans cela, je crois que j’aurais étouffé. Mais ce livre m’a aussi suivie dans des moments positifs ! Par exemple quand nous tournions Le Patient anglais. Le metteur en scène, Anthony Minghella, a l’intelligence et la générosité d’écouter ses acteurs, de les rendre responsables de leur jeu et de leur rôle. C’est tellement rare ! J’aimerais d’ailleurs pouvoir me retrouver un jour à cette place : dans la fonction de réalisateur, à la direction des acteurs. J’ai connu ça à ma manière quand j’étais petite fille. J’ai aussi enseigné, entre vingt-trois et vingt-quatre ans. Mes profs m’ont convaincue de repousser ça à plus tard. Le travail d’acteur est très différent de celui de réalisateur. Ça ne se mélange pas bien.

« Si tu te transformes, la matière elle aussi est obligée de se transformer » Dialogues avec l’ange

N.C. : Que vous apporterait la mise en scène ?

J.B. : De me mettre à la disposition des autres. De voir où et comment les acteurs sont prisonniers d’eux-mêmes. De les aider à trouver la porte pour sortir, pour se libérer. Je crois que j’aurais plus de satisfaction à faire ça qu’à jouer ! Parce que jouer, c’est abstrait. Ça passe évidemment par le corps, par les gestes, mais l’essentiel nous échappe…

N.C. : C’est quoi, en fin de compte, le métier d’acteur ?

J.B. : L’acteur est un transformateur. Il doit transformer l’énergie négative en énergie positive, c’est-à-dire créatrice. Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme, au sens où le langage moderne utilise ce mot – qui devient synonyme de éthéré, évanescent ou irréel. Les anges des Dialogues, au contraire, sont des êtres fulgurants, qui invitent leurs moitiés humaines à vivre à fond leur condition terrestre, corporelle et animale. Mais dans la joie. Je ne peux plus travailler dans la négation. Il m’est arrivé de travailler avec des gens négatifs, c’est trop difficile, trop inutile surtout. Cela ne signifie pas que j’ai l’intention de ne plus jouer que des rôles de religieuses ! La transformation, on pourrait dire la transmutation, des énergies, l’acteur doit la tenter dans tous les registres de la vie, y compris naturellement dans les bas-fonds et dans des histoires qui n’ont aucune des apparences de la spiritualité. Mais il doit toujours y avoir au moins un point de lumière. Telle me semble la responsabilité de l’acteur et du metteur en scène. Récemment, j’ai refusé de jouer Médée. C’est pourtant un personnage incroyablement intéressant, mais porteur d’une violence dont je n’ai pas réussi à voir en quoi elle pouvait se transformer. Jouer la violence pure, qui ne débouche sur rien d’autre, je n’en vois plus du tout l’intérêt. À quoi bon ? Pour moi, ce n’est que s’il y a possibilité de transformation qu’il y a espoir. Et l’espoir est ce que j’ai envie de faire passer maintenant.

N.C. : Certains disent qu’il est délirant d’inviter l’humanité à nourrir le moindre espoir, quand on sait toutes les horreurs que les humains commettent à chaque instant. Que dire pourtant quand l’invitation à la danse nous arrive, non pas d’une zone privilégiée mais, comme dans les Dialogues, du bord des camps de concentration ?

J.B. : C’est aussi cette transformation-là qui me donne envie de réfléchir au film que l’on pourrait tirer des Dialogues. À vrai dire, jusqu’à présent, je ne parlais pas trop de ce livre en public. Je préférais faire sentir sans dire. Et agir. Dans le mot acteur, il y a action.

N.C. : C’est quoi, aujourd’hui, un artiste engagé ?

J.B. : Quand vous êtes connu, agir est à la fois plus facile et plus difficile. Tout le monde veut vous récupérer. Un jour, dans ma grande naïveté, j’ai découvert qu’il existait un enfer plus terrible que les autres, où souffraient des millions d’enfants, esclaves des passions démentes des humains supposés “ adultes ”. Des enfants prostitués de six ou sept ans ! Auschwitz existe à des milliers d’exemplaires, en ce moment-même, sous nos yeux. Quand j’ai réalisé cela, j’ai cru devenir folle. J’ai lu Le prix d’un enfant, de Marie-France Botte, avec qui je suis devenue amie. J’ai aussi fait la connaissance de Charles Fejtoe, qui travaille avec elle, dans une petite organisation humanitaire, Aspeca, qui tente d’aider les enfants martyrs du Cambodge. Je m’occupe le plus que je peux de ce travail-là. Mon prochain contrat de publicité leur sera consacré. Il s’agit d’essayer de ramener à la vraie vie le maximum des enfants que l’on a réussi à arracher à cet enfer, dont les Occidentaux sont tout de même en grande partie responsables. L’Occident est gravement malade. Notre incroyable richesse aurait été impensable si nous n’avions pas sucé, pendant des siècles, toute la sève des autres sociétés. Aujourd’hui, c’est l’enfance du monde qui est menacée. C’est-à-dire notre plus beau trésor. L’innocence humaine. L’avenir. Il me semble impossible de rester passif face à cette horreur. Mais de cela, je ne voudrais pas trop parler. “ Où sont vos actes ? ” demande l’Ange aux quatre amis. Et à nous.

À lire :

- Les Dialogues avec l’ange, et Les Dialogues tels que je les ai vécus,de Gitta Mallasz, éd. Aubier.
- Quand l’ange s’en mêle, entretiens avec Bernard et Patricia Montaud , éd. Dervy.
- La Source blanche, l’histoire des Dialogues avec l’ange, Patrice van Eersel, éd. Grasset.

Propos recueillis par Patrice van Eersel

http://www.cles.com


Mar 17 2017

MAINTENANT


Mar 17 2017

Que feriez-vous si l’argent n’existait pas ? -Alan Watts