Avr 30 2017

L’évidence du vrai est bien avant de se perdre dans les méandres du faux

David Ciussi

« Il faut beaucoup de courage et de lucidité pour remettre en cause notre façon de penser et de raisonner, pour vaincre nos mémoires archaïques et nos dragons intérieurs. Aussi bienvenue à l’homme (ou la femme) courageux épris de liberté qui part d’ici et maintenant pour la plus noble des batailles : choisir de lâcher ses opinions, ses principes, et ses croyances pour retrouver sa véritable nature.

Pour nous, en tant qu’être humain, notre vie n’est pas une énigme à résoudre, mais une réalité à expérimenter. Lorsque la quête illusoire s’arrête, l’énergie qui était jusqu’alors focalisée pour chercher, se ressource complètement en une qualité d’existence insoupçonnée, porteuse de simplicité et d’émerveillement. »

David Cuissi

Qui est David ?

Ecrivain-philosophe, Psycho-gérontologue, Chroniqueur dans diverses revues, David Ciussi est Consultant en Sciences Humaines dans différentes universités et anime depuis plusieurs années des séminaires et conférences en France et à l’étranger. David n’a pas d’école, n’a pas d’église ni de mouvement. Il témoigne et fait signe … Son style est simple, percutant et d’une rare profondeur. Loin de se soucier de l’esthétique des phrases et de la pensée raisonnée qui sature le penseur, David nous surprend par ses jaillissements, ses rires, ses grondements et ses silences : expression authentique d’une profonde intuition et d’une présence face au mystère de la vie.

Site internet : www.davidciussi.net


Avr 30 2017

Distinction observateur-observé : Drgdrsya-prakriya

jeankleinNous n’avons aucune conscience de notre nature véritable car nous nous identifions à notre corps, à nos émotions et à nos pensées, ce qui nous fait perdre de vue notre centre immuable qui est pure conscience. Lorsque nous rejoignons notre vraie nature, nos pensées et nos perceptions ne nous apparaissent plus comme les diverses formes que prendrait une substance unique, nous les voyons naître puis disparaître comme les vagues de l’océan.

 

[Be Who You Are, Jean Klein, Element, 1989]


 

shankara2La forme est perçue et c’est l’oeil qui perçoit. Il (l’oeil) est perçu et c’est l’esprit qui le perçoit. L’esprit, avec ses modifications, est perçu, et le Témoin (le Soi) est en vérité celui qui perçoit. mais Lui (le Témoin) n’est pas perçu (par un autre).

 

[Dṛgdṛśya-viveka, Shankara]

 

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Avr 30 2017

L’acceptation selon Wayne Liquorman

Question : Qu’entendez-vous par acceptation ?

 

Wayne : Lorsque vient l’acceptation, cela coupe l’implication et il y a la paix. Ce n’est pas la paix momentanée obtenue par la satisfaction d’un désir. Et ce n’est pas non plus la paix de l’oubli. Il s’agit plutôt de la paix au centre de la tempête, l’œil du cyclone. Tout autour il y a le tumulte tourbillon de la vie, mais dans l’œil du cyclone règne la paix, la quiétude. L’acceptation dont je parle est synonyme de cette paix et de cette quiétude.

 

Donc, ayant remarqué cela, tout ce qui nous reste à faire, c’est accepter. (rire) C’est si simple. Ce n’est pas grand-chose n’est-ce pas ? Peut-être avez vous remarqué que l’acceptation est imprévisible. Vous ne pouvez la provoquer vous-même! En dépit de vos meilleures intentions, de vos plus valeureux efforts, l’acceptation a le chic pour vous glisser entre les doigts. L’acceptation survient, comme le fait la non-acceptation. Elle survient. L’acceptation peut surgir à tous instants et sans avertissements, sans préparation.

Mais vous ne pouvez la fabriquer. Et reconnaître que vous ne pouvez la fabriquer, est en soi l’acceptation. L’acceptation peut surgit à n’importe quel moment et interrompre l’implication horizontale. Et l’interruption horizontale est la paix. Maintenant, si la compréhension intellectuelle a une quelconque valeur, c’est qu’elle peut envahir l’esprit et induire l’acceptation, en même temps que la compréhension que TOUT EST CONSCIENCE, que tout ce qui se produit ne pouvait être autrement. Ceci n’est pas pour dire que cela ne vas pas changer dans la minute qui suit. Mais en CET INSTANT PRÉCIS, il ne pouvait en être autrement. Et reconnaitre cela est acceptation, la reconnaissance que CECI EST, est la paix.

 

Ceci n’a rien à voir avec l’approbation. Je ne suis pas en train de dire que vous devez aimer ce qu’il se passe. L’acceptation peut embraser quelque chose de tout à fait horrible, de tragique, de douloureux. Et au milieu de l’horreur, de la douleur, il peut y avoir la paix. Et la paix se trouve dans l’acceptation, dans la reconnaissance que CELA EST, en cet instant.

 

Quand cela se produit, nous disons que c’est la Grâce. Cette compréhension, cette acceptation, cet arrêt de l’implication, cette paix, est la Grâce. Remarquez que « Grâce » est bien sûr un terme spirituel pour dire « bonne fortune »! (rire). Lorsque les choses vont dans notre sens, lorsqu’elles nous procurent quelque chose de personnellement satisfaisant, nous disons que c’est la Grâce. Quand c’est horrible, nous disons que c’est la volonté de Dieu. (rire). Mais la chose importante au sujet de l’un ou l’autre de ces termes tient dans la reconnaissance que « je ne l’ai pas fait ». Je, en tant qu’agissant séparé, ne l’ai pas fait. Il y avait là à l’œuvre  un agent étranger à ma petite volonté.

 

Lorsque j’ai fait la rencontre de Ramesh  (ndlr : Balsekar), et qu’il parlait de cela, j’ai trouvé ça incroyablement libérateur car la plupart des enseignements que j’avais rencontré jusque-là semblaient flotter dans une sorte de vide qui ne prenait pas CECI en compte. CECI, cette vie, cette activité quotidienne, cet « aller au travail, faire l’amour, crier après le chien, prendre un repas » et toutes ces choses-là, était, en quelque sorte profane, comparé à la présence spirituelle exaltée.  D’un manière ou d’une autre, tout aspect spirituel était hôte à CECI. Or ce qu’avançait Ramesh de façon très claire, c’était que CECI était sacré. La manifestation sous tous ses aspects, à la fois positifs et négatifs, ceux que l’on aime et ceux que l’on aime pas ; ceux qu’on approuve et ceux que l’on n’approuve pas, ceux que l’on changerait volontiers et les autres, que l’on ne changerait pour rien au monde. Chacune de ses choses, chaque facette de la manifestation phénoménale est sacrée et porte en elle l’empreinte de Dieu.

 

Ramesh était un banquier. Un banquier! Il vivait dans le monde. Il était marié. Il avait des enfants. Sa spiritualité était une spiritualité qui embrassait tout CECI dans son entier. Et cela avait du sens pour moi, cela résonnait en moi, cela sonnait juste en moi. Je n’étais pas intéressé par une spiritualité qui m’aurait commandé d’aller me retirer dans une grotte, d’aller me faire ronger les chairs par de la vermine pour attester combien j’étais spirituel. Cela semblait ridicule. Et c’est ridicule si c’est fait délibérément fait pour atteindre quelque chose.
Il y avait un maitre zen, largement cité qui enseignait : « Vous coupez du bois et portez de l’eau ». J’en suis venu à comprendre qu’il parlait du travail quotidien. De nos jours, eau et chauffage sont fournis. Votre travail, c’est d’aller marteler les touches d’un clavier d’ordinateur. Votre travail, c’est d’apprendre quelque chose à un groupe de gens. Votre travail c’est d’aller extraire du pétrole. Quel que soit votre travail, ce,st couper du bois et porter de l’eau, c’est faire CECI. C’est faire la vie. Dieu est ici. Ici même. En cet instant, en ce lieu. Vous n’avez pas nécessairement besoin de vous précipiter en Inde! Dieu soit loué! (rire tonitruant).

 

En fait, ce matin quelqu’un m’a demandait ce qui avait changé après que ce sens de l’agir personnel se fut évanoui. De quoi s’agissait-il? Qu’en était-il ? Franchement, quand cela s’est produit, le sentiment le plus clair était que littéralement, rien ne s’était passé. Très profondément, RIEN NE S’ÉTAIT PRODUIT. Et cette illumination tant désiré n’était pas quelque chose. C’était littéralement rien. Six ou huit mois plus tard j’étais en Inde avec Ramesh, parlant de cette affaire d’illumination, et je lui ai dit: « Vous savez, si quelqu’un devait me demander « Êtes-vous illuminé? », je crois que je devrais répondre non » Et il enchaîna : « Il vous faudrait répondre Non, mais il y a Compréhension ici« . C’était la tournure de phrase parfait. Non, Il n’est pas d’individus illuminés. Mais il y a ici la Compréhension. Pas ici (pointant son index vers son corps) Là! (Pointant l’espace immédiatement devant lui, avec un geste descendant de la main, les cinq doigt réunis). Et cette Compréhension se manifeste, est rendu palpable, dans la relation avec celui qui est en Résonance, découvre cette connexion. La existe le Gourou. Le Gourou est créé dans cette relation. En l’absence de cette relation, il y a simplement un mécanisme corps-mental, semblable à n’importe quel autre, qui traverse sa journée faisant ce qu’il fait, agissant selon sa nature, réagissant selon sa nature. Le Gourou existe uniquement dans la relation avec le disciple. Autrement il n’y a pas de Gourou.

 

Source :  Livre, l’accueil de l’évidence de Wayne Liquorman.

 

http://axial-media.over-blog.org


Avr 30 2017

L’APPEL DE L’ÊTRE de Mathieu Martel (reprise)

 

Mathieu Martel est né à Montréal, le 22 juillet 1972. Professeur de philosophie au collégial, auteur et conférencier, il est engagé dans une pratique corporelle depuis plus de 15 ans et se consacre à la vie consciente. Il est sympathique à l’approche de la non-dualité, notamment à la tradition de l’advaïta-vedanta. Il a publié Présence (2005) et publiera prochainement La Puissance de l’instant (2012) aux Éditions Metanoïa.
 

Le choc radical de l’acceptation

L’inacceptable est souvent le fruit de notre aptitude à vivre trop souvent à partir de la perspective de la mémoire ou encore, de notre inaptitude à vivre, selon une perspective ouverte et accueillante, ce qui se présente à nous au moment présent.

Conséquemment, nous pouvons nous placer dans un mode de résistance à ce qui nous entoure ou à ce qui nous arrive, bref à tout ce qui se manifeste dans l’instant. Et plus encore, nous pouvons nous laisser prendre au jeu de la comparaison et du jugement plus souvent qu’à notre tour. C’est que nous croyons avec conviction que tout ce que nous voulons, pensons ou espérons devrait constituer la réalité. Trop souvent, nous vivons en pleine identification à nos plans, attentes et espoirs. Et très rarement, nous entrevoyons, la possibilité que quelque chose puisse être plus grand que nous même, au sens ou Emerson disait : « mon être parle davantage que ce que je dis ». Cela témoigne bien du fait qu’il y a quelque chose au plus profond de nous-même dont la source se situe bien au-delà de la persona, du masque. Cet espace où surgit des intuitions, de l’inspiration et de la créativité.  Est-ce parce que nous craignons l’imprévisible ? Est-ce parce que ce qui n’est pas en notre contrôle nous effraie ? Ou encore, est-ce parce que nous vivons selon une perspective, ou un champ de conscience restreint et davantage localisé plutôt qu’ouvert et global, que nous ne nous permettons pas de vivre en contact avec cette source ?  Ultimement, le sens de la vie se situe-t-il au-delà d’un simple volontarisme vitaliste que Nietzsche affirmait dans Le Crépuscule des Idoles : « Formule de mon bonheur : un « oui », un « non », une ligne droite, un but… » ?

« S’accepter soi-même relève d’un grand défi. »

L’inacceptable serait possiblement lié à la résistance que nous offrons à ce qui se présente à notre conscience. Cette résistance ne serait qu’en fin de compte qu’une résistance à la vie elle-même et à notre incapacité d’être à son écoute, de « prendre la vie pour guide » pour citer Pyrrhon d’Elis, philosophe grec ancien, père du scepticisme grec. Le manque d’écoute, de ressenti et d’attention est peut-être l’angle mort de notre vie moderne. Il nous est parfois difficile de revenir à l’essentiel et cela entraîne une distanciation d’avec notre être profond. Dès lors, nous sommes plutôt enclin à dire « non » à ce qui se présente bravant ainsi l’ écoute, le ressenti et l’attention. Notre plus grande difficulté est certainement d’être capable de reconnaître ce qui est et ensuite de l’accepter par surcroît. Dès lors,  une séparation s’impose entre nous et les événements, mais encore, surgit une difficulté à donner sens à ce que nous vivons et à ce qui nous arrive.

S’accepter soi-même relève d’un grand défi. Nous ne sommes pas toujours prêts à tout accepter nous-même et surtout, d’un seul coup. S’accepter intégralement reste quand même le souhait de l’être authentique et ce, même si un mode d’emploi ou encore une technique s’avère fort peu concluante ou efficace à cet effet. Dans certains cas, les efforts risquent de nous entraîner à notre propre perte ou au laisser aller, du statu quo, nous laissant prisonnier du manque d’expression de notre être. C’est peut-être à ce moment, que nous nous rendons compte que nous maintenons un masque de toutes nos forces, avec toute une résistance en plus ! Il semble que c’est bien cela qui épuise : prétendre être ce que nous ne sommes pas ! Que de temps perdu, que de forces impliquées à maintenir cette image, ce masque pour paraître ce que nous ne sommes pas, pour résister à ne pas laisser s’exprimer maintes facettes de notre être, maints talents ou désirs profonds. Et difficile avec nous même, sans indulgence aucune, nous projetons les mêmes attentes envers les autres. Par la suite, nous constatons, souffrons et nous plaignons que la vie est difficile, que les autres ne sont pas agréables, comme ils devraient l’être, que tout ce qui nous arrive ressemble à un cauchemar ou encore semble bien loin d’une harmonie pythagoricienne. La beauté n’est-elle pas dans l’œil de celui qui regarde ? Mais qui maintient ce voile ? Qui nous empêche de voir cette beauté ? Qui maintient cet écran qui nous empêche de communier avec toutes choses, avec nos semblables, de façon directe, sans se sentir séparés aucunement, en s’exprimant avec authenticité et clarté ?

Quelques jours après l’aube du nouveau millénaire, une femme me déclara dans la langue de Shakespeare : « Sois plus indulgent envers toi-même. » Cette maxime paradoxale  m’a accompagnée sans que je ne sache vraiment y porter attention jusqu’à ce qu’un jour ma persona craque et se brise en morceaux, n’étant pas spécifiquement empreint de douceur à mon égard. Il ne m’était alors plus possible de résister, de continuer à prétendre, à me retenir, à ne pas considérer en premier plan l’essentiel.

Je me rappelle avec précision de cette journée qui vint presque dix ans plus tard. Je me dirigeais à la marche au local d’haltérophilie du Club d’Haltérophilie de Montréal comme à chaque samedi depuis 3 ans. Pendant une heure et trente minutes je m’adonnais à cet discipline sportive, pratiquant divers exercices préparatoires ainsi que les deux mouvements respectifs de la discipline que sont l’arraché et l’épaulé-jeté. C’est grâce à la pratique du yoga durant plusieurs années et à son enseignement que je pouvais maintenant m’adonner à l’haltérophilie dans une perspective méditative comme exercice énergique de présence à soi. C’est ma rencontre d’Alain, un ancien athlète québécois international dans la discipline et amoureux de la nature sauvage,  qui me fit m’ouvrir à cette discipline à l’aspect vertical (par sa tendance à soulever la charge vers le haut et aussi parce ce qu’elle mobilise toute la chaîne musculaire du corps dans son entier). C’est en 1999, que je me mis à la pratique du yoga et à la dégustation du thé, cela me permis de mieux savourer le moment présent. En 2004, je commençai à aller prendre le thé au salon de thé Camelia Sinensis au centre-ville de Montréal. Un peu plus tard en 2005, sortait  mon premier livre intitulé Présence suivi d’une conférence pour son lancement. C’est un peu plus tard, en 2006, que je rencontrai Alain qui m’initia à cette nouvelle discipline qui me semblait fort inspirante tant au niveau physique que mental. C’est dans l’esprit de mon expérience en yoga et dans l’art de savourer le thé que je me suis mis à la pratique de l’haltérophilie qui demande une attention totale et qui va dans le sens de la présence à soi au moment présent.  C’est la pratique du yoga et son enseignement durant 5 années durant ainsi que l’abandon au moment présent durant la dégustation du thé qui me permis de pratique l’haltérophilie dans l’esprit de la présence à soi, comme rencontre avec soi-même, ses propres limites, conflits et prises de conscience en général.

« J’ai été mis devant l’évidence qu’aimer impliquait l’acceptation intégrale de soi-même par-delà toute pensée »

Ce moment rituel spécifique au samedi évoquait pour un moment symbolique fort important comme la dégustation du thé : les deux étaient des rituels spécifiques à  l’exercice de la présence au moment présent sous forme d’un rituel. Cependant, lors d’une journée de novembre 2009, j’allai à la salle d’entraînement presque de reculons. Je me présentai  local et les deux pieds sur le plateau d’entraînement, je saisis la barre de 45kg et la plaçai sur mes épaules pour m’échauffer. La barre à peine déposée que mon cœur se mis à battre rapidement. Il faut dire que je venais de faire du vélo stationnaire et que j’étais allé un peu fort, mon cœur s’était préalablement emballé. Mon cœur battait toujours vite, j’étais essoufflé et ne me sentais pas bien. Je laissai tomber immédiatement la barre au sol. Je n’en pouvais plus, j’étouffais. Je n’étais plus capable de soutenir le poids que je m’adonnais, pratique après pratique, à maintenir et à surcharger. Ce qui arrivait à l’entraînement n’était qu’un reflet de ce qui m’arrivait dans ma propre vie. Ce poids était à la fois physique et métaphysique. Je m’imposais toutes sortes d’obligations imaginaires pour fuir ou compenser de quelconques façons que ce soit sans aucunement assumer ce qui se vivait au profond de moi-même. En plus d’enseigner à temps plein, de travailler dans le milieu des conférences publiques, de m’entraîner et de gérer les finances du Club d’Haltérophilie, je ne prenais plus que très peu de temps pour me détendre et à vrai dire, je ne savais plus ce que c’était du tout. Moi qui, prenait auparavant, la vie à un rythme très relax, j’avais perdu en cours de route, fameux fil d’Ariane. Je m’affairais à toujours vouloir relever de nouveaux défis, à me charger plus et à canaliser dans l’entraînement pour ne pas assumer le désir essentiel. J’avouais que j’avais réussi à me perdre momentanément, dépassé par maintes obligations que je m’imposais sans raison apparente. Ce qui arriva, arriva. Et cette journée, retournant à la maison à pied, marchant, de peine et de misère, un pas après l’autre, épuisé et exténué physiquement, moralement et spirituellement, je ne pouvais plus soutenir ce que je m’imposais de soutenir toutes sortes de tâches pour me prouver que j’étais capable de quelconque réalisation. Ma  persona  craqua peu à peu. Je pressentais tout d’abord, une perte de contrôle. Le je ne pouvais plus mener quoi que ce soit. Et peu à peu, je ne menais plus rien et me sentais envahi par quelque chose de  plus vaste que moi-même. Le je se faisait traverser par un vaste courant d’eau comme lorsqu’un barrage cède ! Quelque chose de plus vaste, un sentiment océanique prenait toute la place. Cela revint aussi un soir quelques semaines plus tard lorsque je revenais d’enseigner au collège et, marchant avec un collègue vers la gare, je le laissais me parler des premiers philosophes grecs. Mais j’étais incapable de le suivre, de l’écouter, de dire mot. Je me sentais complètement transporté par une force plus vaste que moi-même. Je n’y pouvais rien. Quelque chose éclatait en moi. Je sentais que tout craquait, mais une fois assis dans le train, même si mon état oscillait entre un effroi et terreur je me sentais traversé par un océan de clarté aussi paradoxal que cela puisse paraître. Cela dura une bonne demi-heure où je me sentais complètement transi et traversé par ce sentiment océanique d’une clarté indicible. Pour un instant, je ne cru plus exister que par cette présence de clarté. Je me souvins après ces minutes pénibles de transe que l’essentiel ne concernait pas le faire ou le surfaire, mais bien le seul fait d’être. Il ne m’était alors plus possible de fuir, d’éviter ou même de compenser pour quoi que ce soit. J’avais été transi. J’avais été frappé par la foudre ! Ce qui ne fut pas sans me rappeler le fragment 64 d’Héraclite d’Éphèse : « La foudre gouverne toutes choses. »

Suite à cette expérience quelque peu troublante qui eut pour effet de convertir mon regard malgré moi, je  ne pouvais même plus chercher ni espérer l’amour, ou encore l’attendre. Je m’abandonnai pendant plusieurs mois, au chômage, au seul désir profond et essentiel de mon être, suivant le seul appel qui me venait à chaque instant, me résorbant à écouter l’appel de l’être qui rectifiait le sens de ma vie. C’est à ce moment que je compris que j’avais reçu un appel de l’être suite à un choc radical qui me mit face à l’acceptation de mon être et de ce qui est. Et moi, qui croyais qu’aimer était seulement en lien avec le don de soi, je fus mis devant l’évidence qu’aimer impliquait l’acceptation intégrale de soi-même par delà toute pensée.

Mathieu Martel, professeur de philosophie (autre article à lire du même auteur)
 
Article paru dans Revue 3e Millénaire (Hiver 2010)


Avr 30 2017

Le bonheur, désespérément…

« Qu’est-ce que je serais heureux si j’étais heureux ! » -Woody Allen

 » Qu’est-ce que je serais heureux si j’étais heureux !  » Cette formule de Woody Allen dit peut-être l’essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit. La sagesse serait au contraire de vivre pour de bon, au lieu d’espérer vivre. C’est où l’on rencontre les leçons d’Épicure, des stoïciens, de Spinoza, ou, en Orient, du Bouddha. Nous n’aurons de bonheur qu’à proportion du désespoir que nous serons capables de traverser. La sagesse est cela même : le bonheur, désespérément.

Il y a une formule de Spinoza qui m’a laissé perplexe pendant des années. Dans l’Éthique on peut lire que la béatitude est éternelle et donc ne peut être dite commencer que « fictivement ». La béatitude ne commence pas, puisqu’elle est éternelle. Mais alors, me disais-je, pour moi qui ne l’ai pas, c’est raté définitivement… C’est une autre phrase, historiquement et géographiquement très éloignée de Spinoza, qui m’a aidé à sortir de cette difficulté — une phrase de Nâgârjuna, grand penseur et mystique bouddhiste. Vous savez que l’équivalent de la béatitude chez Spinoza, c’est ce que les bouddhistes appellent le nirvâna, le salut, l’éveil. Et le contraire du nirvâna, c’est-à-dire notre vie telle qu’elle est, ratée, gâchée, manquée (comme dit Alain à propos de George Sand, qu’il admire), bref la vie quotidienne dans sa dureté, dans sa finitude, dans ses échecs, c’est ce qu’ils appellent le samsâra, le cycle de la naissance, de la souffrance et de la mort. Or, Nâgârjuna écrit : « Tant que tu fais une différence entre le nirvâna et le samsâra, tu es dans le samsâra. » Tant que vous faites une différence entre le salut et votre vie réelle, entre la sagesse et votre vie telle qu’elle est, ratée, gâchée, manquée, vous êtes dans votre vie telle qu’elle est. La sagesse n’est pas une autre vie, où soudain tout irait bien dans votre couple, dans votre travail, dans la société, mais une autre façon de vivre cette vie-ci, telle qu’elle est. Il ne s’agit pas d’espérer la sagesse comme une autre vie ; il s’agit d’apprendre à aimer cette vie comme elle est — y compris, j’y insiste, en se donnant les moyens, pour la part qui dépend de nous, de la transformer. Le réel est à prendre ou à laisser, disais-je. La sagesse, c’est de le prendre. Le sage est partie prenante et agissante de l’univers.

André Comte-Sponville

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Avr 30 2017

Retraite à Findhorn – Quiétude au sein du monde – Eckhart Tolle

Retraite à Findhorn

« Eckhart Tolle, bien connu pour les vérités simples et puissantes qu’il exprime dans ses livres et ses conférences, a dirigé une extraordinaire retraite de deux jours à Findhorn, la célèbre communauté spirituelle d’Écosse. L’événement a été filmé et édité en une incroyable expérience vidéo de quatre heures. Il nous transmet avec humour et calme un message d’espoir et des outils de transformation simples – la guidance claire et précise dont nous avons besoin pour réaliser pleinement la magie de chaque moment. Avec sa douceur habituelle, Eckhart Tolle nous explique comment approfondir notre conscience de l’aspect sacré de la vie et de l’être. Ses paroles ont le pouvoir d’affecter profondément nos vies, nous révélant quelque chose de nouveau à chaque écoute.

Eckhart Tolle s’est avéré l’un des maîtres spirituels les plus remarquables de notre temps. Ses livres Le pouvoir du moment présent, Mettre en pratique le pouvoir du moment présent, Quiétude et Nouvelle Terre ont été des best-sellers internationaux, et ses conférences attirent des foules nombreuses partout dans le monde. Il vit présentement à Vancouver, en Colombie Britannique. »

Écoutez les deux parties de la « Retraite à Findhorn » avec Eckhart Tolle : Partie 1Partie 2


Avr 29 2017

La libération de soi

 

http://connaissancessansfrontieres.net
Dans cette vidéo Michael Bernard Beckwith explique pourquoi notre propre éveil individuel est essentiel pour l’avancement de nos sociétés vers plus de paix. L’auteur y parle également de son livre La libération spirituelle où il propose une forme de  cheminement spirituel facile à intégrer à notre quotidien et susceptible de porter ses fruits en peu de temps


Avr 29 2017

La personnalité ? Du vent !

Lorsque je regarde mes modes de fonctionnement, j’ai l’impression de tourner en rond dans un labyrinthe. Je vois bien depuis quelques années que je répète toujours les mêmes processus qui m’amènent toujours dans les mêmes impasses.

Mes proches réagissent par exemple à un de mes comportements, ce qui va entraîner une réaction de ma part à laquelle ils vont réagir et ainsi de suite : c’est sans début et sans fin et ce sont toujours les mêmes scénarios qui se rejouent.

Il y a quelques années, je pensais qu’il suffisait de changer de comportement et que le résultat extérieur serait différent. Et effectivement, il est possible de modifier les tendances comportementales, ça marche, je l’ai testé. Mais je ne suis pas sortie du labyrinthe, j’ai juste mieux vécu dans le labyrinthe. Par exemple, si je développe la tendance à la générosité, j’aurais des conditions de vie plus agréables et je serai entourée de personnes généreuses. Et c’est merveilleux bien sûr, c’est une grande bouffée d’oxygène, mais ce n’est pas l’éveil. Je peux devenir la personne la plus gentille, la plus parfaite du monde mais je serai toujours identifiée à ce corps-mental-personnalité donc susceptible de tomber malade, de vieillir, de mourir, et d’en souffrir. Lire la suite


Avr 29 2017

La vie


Avr 29 2017

Burt Harding Présence, unité