Août 11 2017

Christophe André comment retrouver sa pleine conscience.

Pour le psychiatre Christophe André, l’ introspection est une source de bien-être évidente. Sans tomber dans le nombrilisme, il est capital de prendre rendez-vous avec soi-même de temps en temps pour faire le point.

 

 


Août 11 2017

Ramana Maharshi

Réalité en quarante versets

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 Ramana Maharshi

Invocation

1/ S’il n’y avait pas le fait d’être, comment pourrait-il
s’élever des pensées sur la notion d’être ? Puisque ce qui est,
est libre de concepts mentaux et se trouve à l’intérieur de
nous-même, qui est là pour le contempler ? On l’appelle le
Coeur. Sache que de demeurer à l’intérieur de soi-même en
tant qu’être, c’est le contempler.

2/ Ceux qui redoutent la mort cherchent refuge au pied
du « Seigneur suprême », qui est sans naissance ni mort, dans
le but de subjuguer leur peur. Alors ils meurent à eux mêmes
en perdant leurs ajouts (le sens du je et du mien). Ceux qui
ont réalisé le Soi, qui sont devenus immortels, peuvent-ils
encore entretenir la pensée de la mort ? Lire la suite


Août 11 2017

Gros égo; un jour tu comprendras…

Conversation maritime
entre américains et espagnols

Août 11 2017

Ce qui est sombre, c’est la recherche spirituelle moderne, c’est cette espèce de fuite de l’instant. – Éric Baret

Placide Gaboury (à gauche) en compagnie d’Eric Baret.

On vit une époque très sombre —qui a, par le fait même, son côté lumineux— mais sombre au plan politique et social. Est-ce que vous croyez que l’on a beaucoup d’espoir de se sortir de cette crise de fin de siècle et de millénaire?

J’espère que non parce que finalement ce qui est sombre, c’est la prétendue recherche spirituelle. Ce qui est sombre, c’est de voir des professeurs de Yoga à tous les coins de rue. Ce qui est sombre, c’est le channeling. Ce qui est sombre, c’est la recherche spirituelle moderne, c’est cette espèce de fuite de l’instant. Par contre, ce qui est merveilleux, ce qui est «auspicieux», c’est la guerre qui s’approche, ce sont les cataclysmes qui viennent, parce qu’ils remettent profondément en question l’être humain, lui font poser de véritables questions. Tout le reste le fait dormir.

Alors, il faut qu’il soit très clair que l’état du monde, c’est sa chance. Si les dieux font bénéficier le monde de ces mouvements, c’est le cadeau suprême. Malheureusement, il y a des époques où le cataclysme est la seule manière d’amener un questionnement. Dans leur générosité, les dieux vont, je pense, nous aider de plus en plus dans ce sens-là. Tout ce romantisme du Yoga, de l’Orient, de la spiritualité, toutes ces techniques spirituelles de progression, de purification, relèvent vraiment de l’âge sombre. Elles sont vraiment une perte d’argent, d’énergie. Un jour, elles disparaîtront complètement et, à ce moment-là, peut-être aura-t-on moins besoin de cataclysmes pour se réveiller.

Par vos propos, vous pourriez faire scandale…

Ce qui est scandaleux, c’est de faire croire à des gens que, par des exercices, ils iront mieux et que leur interrogation profonde s’apaisera. C’est de faire croire qu’en suivant telle thérapie, en adoptant tel concept, tel vêtement de telle couleur, en mettant sur un mur, ou en pendant à leur cou une image de guru à la mode, cela va amener un questionnement profond. C’est cela la charlatanerie.

La vraie vie, c’est de faire face à l’instant. Les différentes possibilités de conflits s’expriment dans le monde, vous leur faites face, vous regardez ce que cela touche en vous, vous regardez ce qu’est la mort, la destruction. Ainsi, on se rend compte où on en est. Quand votre maison est détruite, quand votre corps est brisé, quand votre famille est éliminée, vous vous apercevez à quel point vous êtes libre ou non de vous-même. Mais s’asseoir dans une chambre à faire du Yoga, à mâcher cent fois une bouchée de riz complet… Évidemment, on s’en porte très bien, mais il n’y a aucun questionnement. C’est une vraie calamité.

Il faut souffrir pour évoluer?

Non. Non. Il faut regarder. Il faut interroger. Vous n’êtes pas obligé de souffrir lors d’un cataclysme. Il faut regarder profondément. Que veut dire en profondeur la souffrance, comment cela fonctionne en vous? Qu’est-ce que votre corps? Quel est votre lien avec lui? Quand votre corps souffre, que se passe-t-il? Quand votre corps respire, que se passe-t-il? C’est très important de voir cela. Il faut qu’il y ait un questionnement de l’instant. C’est la vie qui amène le questionnement. Lire la suite


Août 11 2017

Être celui qui a largué la bombe nucléaire (le prix d’être un bon citoyen obéissant)

Claude Eatherly est l’un des pilotes ayant largué l’une des bombes sur Hiroshima. Il a eu l’éclat diabolique ou mystique, quasi divin, sous ses yeux. Quand il a atterri, il lui a été sèchement dit :
« Tu as tué 200.000 personnes en cinq minutes ».
Personne ne lui avait dit que … ce serait ça … Eatherly n’a pu le tolérer. Il est devenu fou.

Quand on contemple la photographie du jeune Claude Robert Eatherly, pilote volontaire de la dernière guerre, on a devant soi la figure typique du clean cut boy américain. Peu d’événements ont marqué ses traits, mais sa figure reflète toutes les vertus des héros de romans, la rectitude, le courage, la propreté morale, l’innocence.
Des milliers de jeunes gens ont ainsi suivi l’appel des armes et ont accouru pour défendre decency and democracy contre la barbarie national socialiste. L’étudiant Eatherly avait le droit de croire, lorsqu’il quitta son école du Texas pour la caserne, qu’on peut défendre les armes à la main la liberté et l’humanité.
Sa prise de position contre toute guerre, même celle qui se présenterait sous les apparences de la justice, n’en a que plus de poids. Car, entre l’engagement du jeune volontaire et le pacifisme de l’interné dans un asile se place l’expérience des dévastations atomiques. Eatherly, en effet, y avait pris une part active sans bien se rendre compte d’ailleurs du rôle dont on le chargeait.
On raconte que le commandant Eatherly n’aurait plus adressé la parole à ses camarades après l’expérience bouleversante d’Hiroshima. On ne s’en inquiétait pas beaucoup à la base de Tinian où l’aviateur désormais tristement célèbre attendait l’ordre de démobilisation. On appelait cet état battle fatigue ; plus d’un soldat en souffrait et Eatherly lui-même avait déjà été la victime, en 1943, d’une dépression nerveuse après treize mois d’activité de patrouille dans le Pacifique Sud.
Un traitement de quinze jours dans une clinique new-yorkaise l’avait, à l’époque, remis d’aplomb. De fait, il recouvra bientôt un état d’esprit que les vétérans du Pacifique qualifiaient de « normal » et qui consistait en parties de poker ponctuées de jurons, de plaisanteries, d’anecdotes de guerre.
A la même époque, la nouvelle se répandit dans le monde qu’un des pilotes du bombardement d’Hiroshima se serait retiré dans un couvent pour chercher dans la prière le pardon de sa faute. C’était une légende. En réalité, le commandant L., dont le nom fut avancé, accepta un poste de directeur dans une chocolaterie. Le bruit qui avait couru était « plus vrai que la vérité », il fit état d’un « acte de contrition » que tout le monde attendait.
Parmi tous les participants du bombardement atomique, Eatherly fut le seul qui résistât, pendant le mois d’après-guerre, à la tentation de se faire fêter comme héros. Ses concitoyens de la petite ville d’Alstyne comprenaient son attitude ; ils ne parlaient, à son sujet, ni de « folie » ni même de « singularité ».
Car, à cette époque, aucun fossé ne séparait encore, le « bon Américain » de ses concitoyens. On ne taxait pas encore de « faiblesse » l’horreur qu’inspirait La catastrophe d’Hiroshima, on ne se méfiait pas encore de ceux qui condamnaient la bombe atomique. Beaucoup, en ce temps, s’accusaient et confessaient leurs fautes. L’opinion publique réclamait à l’unanimité la mise au ban des armes nucléaires, plusieurs formations politiques proposaient de renoncer librement au monopole atomique – d’ailleurs de courte durée – et de communiquer aux Alliés des Nations unies des secrets relatifs à l’invention révolutionnaire. Mais la petite minorité, d’abord isolée, de ceux qui préconisaient pour la seule Amérique la possession de l’arme surpuissante, gagnait du terrain grâce surtout au refus de l’Union Soviétique d’accepter les plans proposés à contrecoeur par les États-Unis d’un contrôle nucléaire. C’était la « guerre froide », la « course aux armements atomiques ». Alors que le nombre des tués d’Hiroshima avait bouleversé le monde d’hier, on s’habituait allégrement à la perspective d’un nombre de victimes dix à cent fois plus nombreux. Une nouvelle unité de compte fit son apparition, le « megadeath » qui désigne un million de morts provoqués par une explosion nucléaire. On en faisait une grandeur qui figurait dans tous les calculs de la « politique de dissuasion ». Si un particulier se livrait à de telles spéculations, on le traiterait de fou et on l’internerait eu tant qu’individu dangereux.
Il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit d’états-majors ou de gouvernements. Les organismes exécutifs de la société humaine ont le droit de faire des plans marqués au coin de la démence et de passer aux préparatifs concrets sous les applaudissements d’une partie de l’opinion publique. A supposer qu’un citoyen jusqu’alors pacifique et débonnaire vît soudain dans chaque geste de son voisin des intentions meurtrières, qu’il commençât à se barricader, à s’enfermer, à entourer sa vie d’un voile de mystère, on diagnostiquerait la manie de la persécution et lui proposerait un traitement psychiatrique. Il n’en est pas de même d’une grande puissance. Chez elle, une telle attitude est considérée comme une marque d’ « intelligence », de « réalisme ».
La bombe atomique avait opéré un curieux retour de bâton sur ses possesseurs : le fait que les grandes puissances disposent de moyens apocalyptiques ne les rendait nullement sages et modestes mais orgueilleuses et dures.

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Demain – si tant est que nous voyions un « demain » – , le tribunal de l’Histoire jugera avec autant de sévérité les promoteurs de l’armement atomique et les mathématiciens de l’assassinat collectif qu’on juge aujourd’hui Hitler et ses théories démentielles. Mais un tel jugement arriverait trop tard puisqu’on ne pourra plus rappeler à la vie les victimes de la folie présente. Avant qu’une erreur de calcul de la politique de la menace ne détruise villes et campagnes, avant que la terre ne soit devenue un cimetière, ou – dans la meilleure hypothèse – un asile d’incurables, il faut bien expliquer aux détenteurs de la bombe atomique qu’elle en fait déjà aujourd’hui, au sens propre du terme, des aliénés. Leur maladie est d’autant plus funeste que les personnes qui eu sont atteintes ont l’air de parler comme des gens raisonnables et de se comporter comme des êtres sains d’esprit et responsables.
Que pourrons nous faire, simples citoyens aujourd’hui mais demain victimes, pour empêcher que les « mathématiciens de la mort » ne déchaînent sur nos têtes la catastrophe nucléaire ? Le commandant Eatherly a essayé de répondre à cette question décisive qui se pose à tous les survivants de la Deuxième Guerre mondiale. Les premières initiatives de l’ancien aviateur étaient inadéquates et surtout inefficaces. D’abord, il opta pour l’émigration : peu après 1947 il quitta, effrayé par l’évolution politique des Etats-Unis, son pays natal. Rentré chez lui après une brève absence, il s’efforça – comme tout le monde autour de lui – d’oublier, de gagner de l’argent, de s’absorber dans les occupations de la vie quotidienne. Il trouve un emploi dans une société pétrolière de Houston, se rend tous les jours au bureau, suit des cours du soir, monte jusqu’au poste de « directeur des ventes ».
En 1943, Eatherly avait épousé une jeune actrice, Concetta Margetti, dont il avait fait la connaissance pendant un séjour d’études en Californie. Pendant les sept premières années de leur mariage, les époux ne s’étaient vus que quelques jours, parfois quelques semaines par an. Ils purent enfin mener une existence à peu près normale dans une maison entourée d’un jardin, auprès de leurs enfants, avec l’espoir d’une carrière médiocre et tous les autres accessoires du « bonheur du nid ».
C’est le tableau tel qu’il se présente pendant la journée ; la nuit, l’ancien aviateur est hanté par des visions d’horreur et des cauchemars. Pour le moment, ils ne le tourmentent pas trop, il arrive à s’en défaire en buvant quelques drinks, en prenant des soporifiques. Mais bientôt, ces remèdes n’opèrent plus, Eatherly croit revoir en rêve la grimace des victimes de l’enfer d’Hiroshima.
A la même époque, il commence à fourrer des billets de banque dans une enveloppe et à les expédier à Hiroshima, d’envoyer des missives au Japon auxquelles il confie à tour de rôle accusations contre lui même et excuses. Mais ce « remède » ne le soulage pas plus que les autres. C’est ainsi qu’Eatherly tente en 1950 – l’année où le président Truman annonça que l’Amérique allait construire des bombes plus puissantes encore, des « bombes à hydrogène » – de se suicider dans une chambre d’hôtel de New Orleans en absorbant une forte dose de somnifère.
Mais il ne meurt pas. Après un séjour de deux jours à l’hôpital, il se rend pour plus de six semaines à l’hôpital psychiatrique de Waco, spécialisé dans le traitement de soldats souffrant de troubles psychiques. On le renvoie à la maison sans que son état se soit vraiment amélioré.
Il tente alors de se guérir par des méthodes personnelles en troquant son travail de bureau contre une activité manuelle dans les exploitations pétrolières de sa société. L’effort physique lui procure, pendant quelque temps, un sommeil plus tranquille. Mais il recommence à ruminer le passé et à réfléchir à ce qu’il faut faire pour empêcher le retour de la guerre atomique.
C’est ainsi que prend forme un plan extravagant : pour s’opposer aux tendances militaristes de l’Amérique qui vient d’élire président un général de la dernière guerre, il s’applique à faire basculer de son piédestal l’idole du héros national, du héros de la guerre paré de toutes les vertus. L’idole qu’il démasquera sera sa propre personne, le « héros d’Hiroshima », le commandant Claude Robert Eatherly…

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Au début de l’année 1953, on présente au tribunal des flagrants délits de la ville de New Orleans, avec un lot de « petits malfaiteurs », un homme qui a falsifié un chèque d’un montant d’ailleurs insignifiant. Interrogatoire de routine, quelques questions, neuf mois… Au suivant…
Eatherly n’a guère eu l’occasion de prendre la parole. Il aurait pu expliquer qu’il avait envoyé son chèque à un orphelinat qui prenait soin des victimes d’Hiroshima, il aurait pu évoquer ses états de service, ses hauts faits de guerre. Rien. La machine judiciaire travaille à la chaîne, son « cas » ne mérite pas qu’on s’y arrête…
Au bout d’un temps, il est relaxé et amnistié pour bonne conduite. Deuxième tentative à Dallas. Attaque à main armée. Mais l’étrange brigand n’a emporté aucun butin. Il y a non lieu ; l’avocat d’Eatherly déclare, en effet, que son client est irresponsable et se rendra dans une maison de santé pour traitement. Quatre mois à Waco. Cette fois-ci, on constate que le commandant Eatherly est un « invalide psychique » et on lui accorde même une petite rente de cent trente deux dollars par mois qui sera doublée par la suite.
On ne le dénonce pas comme « criminel » ainsi qu’il l’avait espéré, on ne lui accorde pas la « grâce de la punition » qui, dans son idée, lui eût permis de racheter sa faute. Mais on n’arrive pas non plus à le guérir. Pendant six mois, il voyage pour une usine de machines à coudre. Nouvelle tentative de suicide. Sa femme le trouve, les artères du pouls sectionnées.
Elle le menace de demander le divorce si son mari ne fait pas traiter par un psychiatre. Une fois de plus, il frappe à la porte de l’hôpital psychiatrique de Waco. Le directeur de l’établissement, le docteur McElroy, décrit ainsi son état : « Altération prononcée la personnalité. Le malade a rompu les liens avec la réalité. Angoisse, tensions psychiques, réactions affectives émoussées, hallucinations. » On explique ses tourments de conscience par quelques définitions pathologiques, sa sensibilité, qui le distingue de bon nombre de ses concitoyens insouciants, par le terme d’ « affectivité amoindrie » ; on se propose de le débarrasser de ses visions d’horreur par un traitement par l’insuline.
Quatre à cinq fois par semaine, Eatherly subit ce traitement pour apprendre à oublier. Au bout de six mois, on estime qu’une partie de ses mauvais souvenirs se sont évanouis. L’ancien pilote se retire avec sa femme à Beaumont, ville pétrolière, pour constater que son mariage s’était disloqué à tant d’épreuves. Concetta Margetti demande d’abord la séparation de corps et plus tard le divorce. On interdit à son mari de voir ses enfants mais Concetta renonce formellement à tout versement d’indemnité. Eatherly se conforme au désir de sa femme de ne plus voir les enfants mais continue de verser des mensualités pour éducation de ceux-ci.
Pendant cinq ans, de 1954 à 1959, cette vie bouleversée par la bombe s’écoule dans la monotonie des tribunaux des cliniques psychiatriques. Il y eut des actes séditieux, des attaques de caissiers sans vol, des cambriolages de bureaux de poste, des périodes de traitement. Mais aucune psychothérapie, aucun « tranquillisant », ne peut rendre la santé à un être qui, bien portant dans l’âme, n’arrive pas à s’acclimater au sein d’une société malade ; car il a perdu en 1945 cette carapace qui permet à ses contemporains « normaux » de s’installer confortablement entre Auschwitz, Hiroshima et les perspectives criminelles de la guerre à venir.

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Quoi qu’il en soit, le commandant Eatherly peut s’enorgueillir d’avoir réussi enfin dans un domaine précis : il a pu intéresser l’opinion publique à son « cas ». Il est vrai qu’elle n’a pas réagi dans le sens que le « pilote d’Hiroshima devenu fou » avait escompté. Il avait voulu secouer ses contemporains, il n’a réussi qu’à les émouvoir. Loin de jeter le discrédit sur la caste militaire née de la guerre qui s’était solidement installée à la Maison Blanche, l’affaire Eatherly fut, au contraire, exploitée par la publicité du ministère de la Défense. Car on apprenait alors seulement que l’armée de l’Air était intervenue à plusieurs reprises auprès des tribunaux pour épargner à Eatherly la prison, pour le faire interner à la place dans des cliniques psychiatriques.
 L’autorité militaire voulait tirer de ce cas une réputation d’humanitarisme. Beaucoup de curiosité, un peu de pitié, voilà le piètre écho qu’éveillaient les révélations sur le cas Eatherly.
Mais au printemps de l’année 1959, le philosophe Gunther Anders, de Vienne, eut connaissance par un news magazine américain de la destinée d’Eatherly. Ce grand moraliste, philosophe et érudit, doué d’un esprit original, s’empara du « cas Eatherly » ; il avait, en effet, compris son importance primordiale dans l’évolution de notre époque alors que d’autres ne voyaient dans l’ « affaire Eatherly » qu’une story intéressante en marge de l’Histoire.
L’échange de lettres entre l’ « intellectuel » et le « coupable » qui suivit la prise de contact entre les deux hommes nous fournit une réponse à la question angoissante : « Que faire ? » Cette réponse ne saurait être exhaustive, mais elle constitue une contribution importante à la guérison d’une société malade, car elle diagnostique clairement la folie atomique à laquelle on a voulu décerner le titre de « raison ».
Mais l’effet le plus émouvant de cette correspondance sera la guérison progressive d’Eatherly dont le lecteur pourra suivre les étapes. Alors que les drogues et les psychiatres avaient échoué, un esprit éclairé, un ami animé de sympathie et de charité a su rendre à un homme torturé le calme intérieur et l’espérance.

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Le philosophe se trouvait cependant dans l’impossibilité d’aider son disciple et protégé à retrouver la liberté le jour où celui-ci décida, fort des connaissances qu’il avait acquises sur soi-même et sa tâche, de refaire sa vie. Alors que les autorités ne cessaient de répéter qu’Eatherly ne se trouvait pas à l’hôpital militaire de Waco en tant qu’interné mais en tant que patient libre, elles ne le laissaient pas partir jusqu’au jour où Eatherly, excédé, choisit de s’enfuir. Au moment même où Eatherly avait cessé d’être un rebelle à l’équilibre quelque peu troublé, où il s’apprêtait, en tant qu’homme libre et maître de sa pensée, à mettre le restant de sa vie au service de la lutte contre l’armement atomique, on l’arrêta comme un forçat fugitif et le condamna au cours d’un procès auquel on n’avait convié aucun expert indépendant, mais seulement un psychiatre attaché à l’armée, à l’internement dans l’hôpital psychiatrique de Waco.
On peut se faire une idée de cet hôpital en lisant le rapport de Ray Bell publié dans une gazette locale, la Waco News Tribune.« L’hôpital pour anciens combattants de Waco se compose d’un grand nombre de bâtiments en briques de deux étages. Eatherly a été transféré récemment au « Ward 10 ». C’est la division des agités. La plupart des malades qui s’y trouvent ignorent jusqu’à leur propre nom. Eatherly déclare « Les seules gens avec lesquels je puisse m’entretenir sont les infirmiers. »
« Il se lève tôt, mais on ne lui confie aucun travail. Il ne voit de médecin que lors des tours d’inspection routiniers. Pour tout traitement, on lui administre deux comprimés de thérazine. Dans la salle, où on le tient enfermé, se trouve une trentaine de malades. L’atmosphère qui y règne est déprimante pour Eatherly, puisqu’elle l’empêche de faire ce qu’il aime le plus : écrire. Pour le moment, il n’a même pas le droit de se rendre à l’église, bien qu’elle se trouve à l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital… »
Quel a été le comportement d’Eatherly – interné avec les violent cases, – en janvier 1961 quand son cas fut porté devant la cour d’assises ? Le même journaliste américain, chargé d’un reportage par un grand journal français, décrit ainsi l’audience :
« Eatherly fit preuve de beaucoup de savoir-vivre… parfois il riait, quand son défenseur avançait un argument percutant (lorsque, par exemple, un des médecins cités comme témoins prétendit qu’Eatherly avait tapé à la machine une liste de questions préparées d’avance et qu’Eatherly lui chuchota à l’oreille qu’il ne savait même pas écrire à la machine). Il donna des réponses droites et directes, souvent à la manière militaire : « Yes, sir ; no, sir. » Il se fâcha lorsque Don Hall, l’avocat du requérant (c’est son frère John qui avait demandé à la requête de la « Air Force » l’internement d’Eatherly) lui posa des questions sur la provenance de ses ressources. Hall fit preuve de beaucoup de mauvaise foi et Eatherly répondit : « Vous avez votre manière de gagner de l’argent, moi, j’ai la mienne ! » Même furieux, il ne perdait pas le contrôle de ses nerfs. Il paraissait aussi tranquille, aussi maître de lui, aussi réfléchi que n’importe quel autre homme normal. Il est évident qu’il était déçu par la décision des jurés. Mais il n’avait nullement l’air d’abandonner la partie. Il déclara simplement : « Well, voilà comment les choses se font ! »
Dans une lettre jointe à ce long reportage, le rédacteur de la feuille locale remarque en parlant du « malade » relégué dans la division des cas graves
« Il était sans aucun doute la personne la plus intelligente du prétoire. »
Le journal à la rédaction duquel est attaché l’honnête reporter Ray Bell a bien publié sur la même séance, de la plume d’un autre collaborateur, un compte rendu dont les conclusions sont diamétralement opposées à celles de son collègue. Il correspondait, en revanche, à la version reprise par la majorité des gazettes américaines. Selon ce compte rendu le pilote Eatherly était un faible d’esprit dont l’internement paraissait justifié.
Car nous vivons dans une époque où la bonté passe pour de la naïveté, l’honnêteté pour de la bêtise, la pitié pour de la faiblesse, la charité pour de la folie. Sur le plan théorique, la vertu a toujours cours, mais dans la pratique de la vie quotidienne on ne la prend plus au sérieux. Les bernés, les dupes, les déçus ne se révoltent plus, puisqu’ils n’en voient plus l’utilité, mais ils sont au moins décidés à ne pas se laisser raconter des histoires. Si quelqu’un leur parle de morale, on le traite de vantard, d’hypocrite, dans la meilleure hypothèse de « vieux jeu ».
Car les sceptiques, les cyniques qui se qualifient eux-mêmes de « réalistes » s’imaginent avoir compris le jeu et se mettent gaiement de la partie, même si ce sont eux qui en sont l’enjeu. D’autant plus grande est la responsabilité de ceux qui n’ont pas peur du ridicule, miroir déformant qui fait de chaque chevalier de la vérité un Don Quichotte.

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Août 11 2017

Tu es ce Vide qui danse…

 Extrait de « Ainsi parlait Poonja » de Poonja
Le Soi est ce que tu es.
Tu es Cet Insondable
En qui expérience et concepts apparaissent.Le Soi est cet Instant
Qui jamais ne vient et jamais ne s en va.
Il est le Cœur, l’Atman, le Vide.
Il se brille à Lui-même, de Lui-même, en Lui-même.Le Soi est ce qui insuffle la Vie.
Inutile de Le chercher. Il est Ici.
Tu es Cela par quoi tu chercherais.
Tu es ce que tu recherches
Et Cela est le Tout qui est. Lire la suite