Déc 10 2017

Après l’extase, la lessive – Jack Kornfield

Ce n’est pas parce qu’on a connu l’éveil que tout est résolu, que tout est fini. La terre et la vie demeurent le grand champ que nous devons labourer pour y faire pousser fleurs et fruits. Il faut du temps pour apprendre à accepter ce que l’on est, et pour permettre à cette acceptation de faire mûrir ce que nous sommes.

Voici un texte assez éclairant de Jack Kornfield, tiré de son ouvrage de salubrité spirituelle: “Après l’extase, la lessive”, La Table Ronde 2001, p. 297:

«Un enseignant bouddhiste raconte qu’il s’attendait avec l’éveil à une “transformation personnelle”. Il eut la surprise de voir qu’en fait une “transformation impersonnelle” s’accomplissait. Il s’agit d’une ouverture du coeur et non d’un changement de personnalité.

Cet enseignant poursuit:

      «Sous de nombreux aspects, la transformation spirituelle de ces dernières décennies fut différente de ce que j’avais imaginé. Je suis toujours la même personne bizarre avec à peu près le même style et les mêmes modes d’être. Extérieurement, je ne suis donc pas cette personne éveillée, transformée de façon incroyable, que j’avais espéré devenir au début. Mais intérieurement, une grande transformation s’est opérée. Ces années de travail sur mes sentiments et mes rapports familiaux ont adouci mon humeur et ma manière de les aborder. A travers mes luttes menées pour connaître et accepter ma vie en profondeur, celle-ci s’est transformée, mon amour s’est développé et élargi. Ma vie ressemblait à un garage encombré dans lequel je passais mon temps à me cogner contre les étagères et à me juger moi-même; aujourd’hui, c’est comme si j’avais déménagé dans un hangar à avion avec les portes ouvertes. Toutes mes vieilles affaires sont là mais elles ne m’encombrent pas comme avant. Je suis toujours le même mais maintenant je suis libre de bouger et même de voler.»

Kornfield ajoute:

«Lorsqu’on demanda à Ram Dass si, après toutes ces années de discipline spirituelle, sa personnalité avait changé, il se mit à rire et répondit que non. Il affirma, à la place, être devenu “connaisseur de mes névroses”».

Dès le moment où nous savons que nous sommes, dans notre essence, le Tout, acceptons notre forme manifestée (au moins jusqu’à la mort), acceptons d’être tulipe, ou rose, ou simple lavande, et embellissons la terre avec la seule chose que nous sachions bien faire: être nous-mêmes — quoique toute une vie n’est peut-être pas de trop pour le faire vraiment bien.

http://www.cafe-eveil.org

Déc 10 2017

Asie-Occident : des indices pour comprendre un monde fractal ?

Les pensées occidentales et asiatiques présentent de nombreuses différences, voire des oppositions.

Dualité / Non-dualité

Une des caractéristiques essentielles de la vision occidentale du monde est la dualité. Une chose est vraie ou fausse, blanche ou noire, pas les deux à la fois. Vous êtes chanteur ou acteur, homme politique ou humoriste, etc. Il est impossible d’être les deux. Vous ne pouvez pas être dans une certaine case et dans une autre case à la fois.

Les plus calés scientifiquement parmi vous savent que plus la science a évolué, plus elle s’est dirigée vers la non-dualité. Tout d’abord avec la lumière, qui est à la fois onde et particules, puis avec la non dualité omniprésente dans la mécanique quantique, de même que la non localité (visitez Wikipédia sur la mécanique quantique). Mais à part ces exceptions réservées à l’élite scientifique (1), le citoyen commun vit essentiellement avec une grille de lecture très ancrée dans la dualité. Lire la suite


Déc 9 2017

La pure joie d’exister

Quand j’étais libre et que je lisais dans les livres où des sages méditaient sur le sens de la vie, ou bien sur la nature du bonheur, je ne comprenais pas grand-chose à ces passages. Je me disais : les sages sont censés penser. C’est leur métier. Mais le sens de la vie ? Nous vivons et c’est ça qui a un sens. Le bonheur ? Quand les choses vont très bien, c’est ça le bonheur, tout le monde le sait. Dieu merci, il y a eu la prison ! Ça m’a donné l’occasion de réfléchir. Pour comprendre la nature du bonheur, il faut d’abord analyser la satiété. Tu te rappelles cette soupe d’orge diluée ou cette bouillie au gruau d’avoine sans une once de matière grasse ? Peux-tu dire que tu manges une chose pareille ? Non. Tu communies avec. Tu la prends comme un sacrement ! C’est comme le « prana » des Yogis. Tu le manges lentement, du bout de ta cuillère de bois, tu le manges en t’absorbant totalement dans le processus de manger, en pensant au fait de manger… Et cela se répand à travers ton corps. Tu trembles en sentant la douceur qui s’échappe de ces petits grains trop cuits et du liquide opaque dans lequel ils flottent. Et puis – sans presque aucune nourriture – tu continues à vivre six mois, douze mois. Peux-tu vraiment comparer ça avec la façon grossière dont on dévore les steaks ?…
…C’est ainsi que dans nos pauvres carcasses et d’après nos malheureux camarades, nous apprenons la nature de la satiété. La satiété ne dépend absolument pas de la quantité que nous mangeons, mais de la façon dont nous mangeons. C’est la même chose avec le bonheur, exactement la même chose. Lev, mon ami, le bonheur ne dépend pas du nombre de bienfaits extérieurs que nous avons arrachés à la vie. Il dépend uniquement de notre attitude envers eux. Il y a un dicton là-dessus dans la morale taoïste : « Quiconque est capable de contentement sera toujours satisfait. »
… Je tire mes conclusions non pas de la philosophie que j’ai lue, mais des récits concernant des êtres réels qu’on rencontre en prison. Et ensuite quand je dois formuler ces conclusions, pourquoi veux-tu que j’aille redécouvrir l’Amérique ? Sur la planète de la philosophie, toutes les terres sont depuis longtemps découvertes. Je feuillette les philosophes antiques et j’y trouve mes pensées les plus neuves. Ne m’interromps pas ! J’allais te donner un exemple. Si au camp il arrive un miracle comme un dimanche libre et férié, alors ce jour-là mon âme se dégèle et, bien que rien dans ma situation extérieure n’ait changé en mieux, malgré cela le joug de la prison se fait moins pesant, j’ai une véritable conversation ou bien je lis une page sincère et je suis sur la crête de la vague. Voilà bien des années que je n’ai aucune vie réelle, mais j’ai oublié tout cela. Je suis sans poids, suspendu, désincarné. Je suis allongé là sur mon châlit et je fixe le plafond. Il est très près, il est nu, le plâtre s’écaille et la pure joie d’exister me fait trembler ! Je m’endors dans une béatitude parfaite. Aucun président, aucun Premier ministre ne peut s’endormir aussi satisfait de son dimanche.
Alexandre Soljénitsyne.
Alexandre Soljénitsyne
Voici la biographie la plus complète à ce jour du grand écrivain russe. Né en 1918, orphelin de père, élevé dans la pauvreté, il parvint cependant à faire de brillantes études de mathématiques, physique, histoire, littérature et philosophie. Décoré de l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline, et condamné à huit ans de camp de travail. Après quatre autres années de relégation, il est réhabilité en 1957. En 1962, Khrouchtchev autorise la publication d’Une journée d’Ivan Denissovitch, mais à partir de 1965, toutes ses œuvres sont interdites en Union soviétique. Passées clandestinement à l’Ouest, elles sont aussitôt traduites dans plusieurs langues étrangères : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, de nombreuses nouvelles, enfin l’Archipel du Goulag, qui lui vaut d’être arrêté en 1974, puis déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé. Prix Nobel de littérature en 1970, Soljénitsyne a vécu vingt ans aux États-Unis où il a achevé la rédaction de sa gigantesque fresque historique commencée en 1936 : la Roue rouge. Il a regagné en mai 1994 sa patrie, où il est mort (à Moscou) en 2008.
http://bouddhanar.blogspot.com

Déc 9 2017

Être libre d’être quelqu’un – Jean Klein

…/… Parce qu’une véritable relation est une non-relation. Par non-relation, j’entends: «Être libre d’être quelqu’un». Quand vous vous prenez pour une personne, vous ne pouvez voir qu’une personne. Mais quand vous vivez dans l’absence de tout ego, vous ne pourrez voir chez autrui, que l’absence de la personne. C’est dans cette non-relation que se trouve la véritable relation; sinon, il n’y a qu’une relation d’objet à objet, de personne à personne, et c’est une source de conflit. Quand vous vous prenez pour une personne, vous vivez dans l’insécurité, étant donné que cela demande un effort pour maintenir en vie la personne, car la personne ne peut exister en dehors de situations: elle est constamment en défense contre l’absence de situations. Énormément d’énergie est gaspillée dans la création de situations, c’est-à-dire dans la création d’une fausse continuité.

Q : Comment se débarrasser de la personne ?

Voyez que vous vous prenez pour quelqu’un.

Q : Voir est très facile, mais s’en débarrasser est très difficile…

Voir n’est pas prendre mentalement note, cela implique que vous voyiez avec autre chose que votre seule pensée, que vous constatiez comment la vision agit sur vous. Vous devez donner du temps à la vision. Après avoir pris note, ne vous précipitez pas, mais habitez la vision assez longtemps pour prendre conscience de la manière dont elle a agi sur vous. Quand vous voyez que pendant quarante-deux ans vous avez créé une personne et que tout ce qui gravite autour de vous a été vu selon l’optique d’une personne de quarante-deux ans, il se produit un choc. Prenez note de ce choc. Il est considérable. C’est en le percevant réellement qu’il y a transformation. C’est seulement cette sorte de vision qui possède le pouvoir de transformer. Sinon il n’y a que changement, et le changement n’est pas une transmutation. Voir réellement quelque chose est une transmutation. C’est une sorte de réorchestration de toute votre énergie. Ensuite vous serez libre un jour de la personne, et là, dans votre absence, se trouve la joie seule.
…/…

Q : Dr Klein, comment peut-on s’acquitter de ses tâches quotidiennes s’il n’existe ni personnalité ni ego ?

C’est dans votre absence que vous percevrez votre réelle présence. Tout ce qui apparaît dans votre vie est comme ce qui se produit sur une scène mais vous ne vous identifiez pas à l’acteur qui est sur scène, vous demeurez simplement dans la salle, vous êtes le témoin. La vraie joie n’a lieu que lorsque vous êtes le témoin de tout ce qui apparaît et disparaît. Alors vos relations changeront complètement, parce qu’alors il n’existe aucune personnalité à laquelle vous identifier. La personnalité est un très bon outil, mais vous ne vous identifiez pas à elle. Vous agissez spontanément, et cette action n’est pas une réaction, elle est en réelle adéquation avec chaque instant. Une action spontanée implique qu’il n’y a ni acteur, ni agent, il y a seulement action. Il n’y a aucune entité dans le cosmos, il y a seulement fonctionnement. Un fonctionnement sans intervention d’une personnalité relève d’un âge nouveau.

Extrait de : Transmettre la lumière (Éditions du Relié)


Déc 7 2017

Le pèlerin Chérubinique-Angelus Silesius


Déc 6 2017

Wouf ! Dit le chien

Nous ne savons pas vraiment ce que nous sommes, et celui qui dit “je suis”. En fait, c’est notre cœur qui s’exprime. Mais, il semble qu’il y ait toujours un imposteur pour s’approprier l’affirmation. Cet imposteur est notre propre image. Ce reflet pour lequel nous nous prenons. Pourquoi poser des questions ? Pourquoi chercher ? Pourquoi espérer ? Il n’y a que le cœur ici-bas. Il n’y a personne d’autre, pas de passé, pas d’avenir, seulement la pure Présence. Nous sommes la Présence repliée sur elle-même, enivrée de concepts. Nous buvons nos propres paroles, nous nous saoulons de chaque mot. Cependant, rien de ce qui est dit n’est vrai. Seule l’Ouverture, cet éclat qui est là, est vérité.
Peut-être, devrions-nous aboyer, afin d’exorciser le mirage du langage ! Wouf ! Envolées les belles paroles qui nous “perdent” dans les histoires. Wouf !

http://www.denismarie.net

Déc 5 2017

André Comte-Sponville : une expérience mystique

Tous les philosophes contemporains ne sont pas fermés à la mystique et à la non-dualité même si la majorité est aveugle à cette dimension ; voici un témoignage d’André Comte-Sponville, qui fut un professeur à la Sorbonne. Il raconte ici une expérience de non-dualité qui a changé sa vie et sa pensée.

comte-sponville

« Je ne suis pas du tout un mystique. Je suis plus doué pour la pensée que pour la vie, et plus doué pour la pensée conceptuelle que pour l’expérience spirituelle. Mais j’ai eu au moins quelques moments de simplicité ; en vérité, extrêmement rares. Cependant, la première expérience était assez forte et assez nette pour qu’au fond toute ma vie en soit définitivement changée. Toute ma vie et toute ma pensée.

Je devais avoir vingt-cinq ans. Je me promenais avec des amis, la nuit, dans une forêt. Nous étions quatre ou cinq. Plus personne ne parlait. Tout à coup voilà une expérience que je n’avais jamais vécue.

C’était quoi cette expérience ? C’était un certain nombre de mise entre parenthèses.

Mise entre parenthèses du temps ; c’est ce que j’appelle l’éternité. Tout à coup il n’y avait plus le passé, le présent, l’avenir. Il n’y avait plus que le présent. Là où il n’y a plus que le présent ce n’est plus du temps, c’est l’éternité.

Mise entre parenthèses du manque. Tout d’un coup, et sans doute pour la première fois de ma vie, plus rien ne manquait. Mise entre parenthèses du manque ; c’est ce que j’appelle la plénitude. Lire la suite


Déc 4 2017

Le sens du Mystère – Albert Einstein

 » Il n’y a que deux façons de vivre votre vie. La première, c’est la vivre comme si rien n’était miraculeux. La deuxième, c’est la vivre comme si tout était miraculeux  » Albert Einstein.

Afin que l’aspirant soit soutenu dans ses efforts pour demeurer intérieurement profondément présent et conscient de lui-même… il faut que le sens du mystère reste toujours vivant en lui, l’accompagnant partout et dans tout ce qu’il fait : le mystère de cet énigmatique appel silencieux qui se fait senti en lui aux moments les plus inattendus et qui le dépasse , le mystère de L’impersonnel qu’il porte en lui et qu’il désire reconnaître et appréhender ; le mystère du cosmos, le mystère du but de la Création, le mystère de sa propre vie, de sa conscience, de son esprit et ainsi de suite .

Au fond, tout ce qui existe dans le monde manifesté est un mystère .

Salim Michael
 http://rencontres-sur-un-chemin-deveil.blogspot.com

Déc 4 2017

L’idée secrète

L’éveil se fera sans vous, sans le “personnage” auquel vous vous identifiez. Il se fera sans lui, parce qu’il est déjà proclamé, déjà servi.

C’est bien parce que nous poursuivons nos idées sur lui, que la réalisation n’éclate pas. Parce que nous nourrissons un flot d’idées sur l’idée initiale d’un “je” que nous voudrions vrai.

Ce personnage ne tient que par un jeu, que par le discours que nous lui prêtons.

Intérieurement, qui parle à qui ?

Vous pouvez arrêter de parler, parce qu’il n’y a personne “d’autre” à qui parler.

Mais si vous voulez continuer de parler, parlez …

De toute façon, il n’y a personne d’autre.

 

http://www.denismarie.net


Déc 3 2017

N’être plus personne (« Nobody Home »)

N’être plus personne En tant qu’enfant, on te disait que tu étais quelqu’un. En tant que lecteur de ce livre, tu présumes probablement que tu es quelqu’un qui tient ce livre dans ses mains. Peut-être même tu t’imagines être un chercheur sur une voie spirituelle. Probablement, tes dirigeants spirituels t’ont dit aussi qu’il y a quelque chose qui cloche chez toi. Il se peut que tu crois ça toujours. Qu’il faut suivre leurs règles pour atteindre le paradis céleste. Qu’il faut faire de ton mieux pour le mériter. Qu’il faut répondre à certaines normes si tu veux achever ta quête spirituelle. Il se peut que tu continues à croire tout cela aussi.

Cependant, il est possible qu’entretemps tu as commencé à t’interroger sur toutes ces histoires qu’autrefois tu acceptais comme vraies. Est-ce vrai tout ce qu’on t’a racconté? Il est possible que tu aies déjà découvert qu’il y quelque chose qui cloche dans toutes ces histoires. Et si le temps n’était rien d’autre qu’une construction mentale? Et si la personne n’était rien d’autre qu’une pensée différente? Quand aussi bien l’axe du temps linéaire que la croyance d’une personne distinguée ne sont que des concepts, alors que reste-t-il des tes objectifs spirituels? Et si la voie spirituelle n’existait point? Et si la voie vers la libération n’existait point? Et si la personne qui se sent enfermée, n’est rien d’autre qu’une construction mentale? Et si la libération spirituelle n’est rien d’autre qu’un mythe?

Quand tu es convaincu d’être emprisonné et que tu me demande comment faire pour échapper, que puis-je dire s’il est clair que les murs de cette prison ne sont que de l’air? Et si d’abord tous ces murs n’étaient que de l’imagination? Tu te plains de porter une corde autour du cou et que cette corde t’empêche d’être libre. Et tu me demandes comment faire pour te débarrasser de cette corde. Ou tu espères que je peux couper la corde autour de ton cou. Que puis-je dire s’il est clair qu’il ne s’agit que d’une corde imaginaire? Tu attends que je t’explique une technique pour pouvoir dénouer la corde autour de ton cou, quand il s’agit d’une corde imaginaire? Tu attends que je te montrerai la voie spirituelle pour résoudre tes problèmes quand la voie n’est qu’imagination? Est-ce possible que je te promets un avenir meilleur si l’avenir n’est qu’une illusion? Peux-tu attendre de moi que je t’aborde comme étant un individu s’il est clair que l’individu n’est qu’une illusion? Aussi bien ‘tu que la corde autour de ton cou sont de l’imagination.

Jan Kersschot