Avr 24 2017

Arthur Schopenhauer

La contemplation

J’avais gardé de mes cours de philo l’image d’un Schopenhauer pessimiste et grincheux. J’étais bien loin d’imaginer que derrière cette image académique se cachait celui qui a eu ces mots lapidaires et définitifs: «Chacun est heureux, quand il est toutes choses ; et malheureux, quand il n’est qu’individu.»C’est à lui aussi que l’on doit cette description concrète et technique du processus qui conduit à l’éveil, selon une voie que l’on pourrait appeler contemplative:« Lorsque, s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de façon vulgaire ; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison les seules relations des objets entre eux, relations qui se réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi, ni l’à-quoi-bon des choses, mais purement et simplement leur nature ; lorsqu’en outre on ne permet plus ni à la pensée abstraite, ni aux principes de la raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition ; lorsqu’on s’y engloutit tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice, ou tout autre; du moment qu’on se perd dans cet objet, comme disent avec profondeur les Allemands, c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu, sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur, comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet existait seul, sans personne qui le perçoive, qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive; lorsqu’ enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté : alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière, en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectivité immédiate de la volonté ; à ce degré par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps ». Arthur SCHOPENHAUER, Le Monde comme Volonté et comme Représentation, PUF, Paris, 1966, § 34, pp. 230-231.

Schoppenhauer propose là une « technique » qui serait en soi à même de provoquer l’éveil; toutefois, celui qui serait parvenu à l’éveil à l’aide de cette « technique » l’aurait fait en sacrifiant celui qui voulait le provoquer, si bien qu’en fin de compte personne ne sera là pour prétendre avoir provoqué quoi que ce soit. Seulement une présence touchée par la grâce. En un sens, il n’est pas tellement important de savoir quelles sont les motivations qui nous animent dans notre recherche de l’éveil, quelle est leur degré d’élévation, car en dernière analyse, elles se révéleront toujours égoïstes; pourvu qu’elle nous aident à nous mettre en route, cela seul compte; le reste n’est plus qu’une question d’abandon à ce qui vient.

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Avr 24 2017

Y a t’il eu une expérience particulière qui t’as projeté “dedans” ?

QUESTION DU LECTEUR :

”Bonjour,
J’ai vu quelques unes de tes vidéos et je désirerais connaitre ton cheminement ,c’est à dire, tu as senti que tu étais différent et peu à peu tu t’es éveillé? Ou est – ce que cela a été soudain ? y at’il eu une expérience particulière qui t’as projeté “dedans” ! ou nulle part ? As – tu suivi un enseignement et/ou un maître ?
Merci pour ta réponse. Galaxyandco .
As – tu fais une vidéo à ce sujet ?”

 

Réponse:

Je n’ai pas fait de vidéo sur le sujet ; quand on regarde l’éveil des grands maîtres, on veut reproduire ce qu’ils faisaient ou ce qu’ils pensaient… Par exemple, le Bouddha s’est éveillé sous l’arbre de Bodhi, maintenant, de par le monde les pèlerins s’assoient là, mange des fruits, font comme le Bouddha.

Ramana Maharshi s’est éveillé après une expérience de mort, à Tiruvannamalai, maintenant des myriades de pèlerins vont à Tiruvannamalai avec l’intention de s’éveiller.  La tendance veut que le mental donne trop d’importance à quelque chose qui n’a pas comme conséquence l’éveil.

Si on avait appris qu’un saint se serait éveillé en buvant son urine, alors on aurait des pèlerins partout dans le monde qui le ferait avec joie…

L’expérience comme telle n’a pas le pouvoir de réveiller qui que ce soit. L’éveil c’est justement quand l’identité est réalisée comme indépendant de l’expérience. Lire la suite


Avr 21 2017

L’éveil, c’est voir qu’il n’y a personne



Richard Sylvester


La libération est ce qui reste quand le soi a disparu.
Mais le soi est simplement la libération qui appararaît en tant que soi.
La libération est ce qui est, pendant que vous recherchez la libération.
En vous, vous savez déjà tout cela.


Cela commence les samedis après-midi, à Hampstead, lors des discussions sur la non-dualité avec Tony Parsons. Je ne comprenais pas tout ce qui y était dit, mais quelque chose continuait de m’y attirer. Et puis j’aimais les histoires drôles, la conversation et le fait d’aller boire tous ensemble après la réunion, j’y retournais donc encore et encore.

Puis, à une gare centrale de Londres, par une chaude soirée d’été, la personne, le sens de soi, soudainement disparut complètement. Tout était identique – les gens, les trains, les quais, et les autres objets – pourtant tout était vu pour la première fois sans l’intermédiaire d’une personne, sans interprétation. Il n’y avait pas eu d’éclairs lumineux, pas de feux d’artifice, rien des effets tournoyants du LSD ou des champignons hallucinogènes. Mais ce qui était le véritable « oh! », c’était voir la tout ordinaire gare des chemins de fer, pour la première fois, sans le sens de soi. C’était l’ordinaire, vu comme extraordinaire, se manifestant dans l’Un, et personne pour l’expérimenter.

A cet instant il était vu qu’il n’y a personne. Le sentiment qu’il existait une personne avait jusqu’alors été une constante et donnait tout son sens à cette vie. Pendant tant d’années, cela n’avait jamais été mis en question. Il était tellement évident que c’était « moi », mon centre, mon lieu, que ce n’était même pas perçu. C’était maintenant vu comme quelque chose de complètement superflu. Soudainement il était clair que je n’avais jamais eu de vie, car il n’y avait jamais eu de « je ». En une seconde d’éternité, il était clair que sans un « je », chaque chose était vue, pour la première fois, exactement comme elle est. Je ne vis pas, je suis vécu. Je n’agis pas, mais les actions se passent à travers moi, la marionnette divine.

Toutes les inquiétudes de cette petite et non moins importante vie apparente disparaissaient en un instant.
En une seconde le soi revint et dit : « Diable, mais qu’était-ce donc que cela ? » Mais la fraction de seconde sans personne apporta des changements radicaux au paysage interne. Car cette vision peut faire exploser votre mental.


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Dans l’histoire, une année après l’éveil, je me trouvais dans une boutique d’une petite ville ordinaire. Soudainement mais avec une grande douceur, l’ordinaire fut déplacé par l’extraordinaire. La personne, de nouveau, disparut complètement et il fut clairement vu que la conscience est partout et qu’elle est tout. Le sens d’un soi localisé se révéla n’être qu’une apparence. Il n’y a pas de localisation, ni ici, ni là. Il n’y a que l’Un apparaissant comme tout et c’est ce que «je» suis vraiment. «Je» suis la boutique, les gens, le comptoir, les murs, et l’espace dans lequel tout se présente. Lorsque le soi disparaît et que la conscience est vue en toute chose, alors tout est vu pour ce qu’il est, un magnifique hologramme sous-tendu par l’amour.


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Ce serait bien pour nos lecteurs, si vous pouviez expliquer ce qui s’est passé à Charing Cross Station. Que s’est-il passé ?

Ce qui est arrivé à cet endroit, est en fait très simple, mais très difficile à décrire. C’est impossible à comprendre, à moins de l’avoir vécu. Ce qui est arrivé, ce fut la disparition totale et instantanée de la personne. Je dis «ce qui est arrivé », mais ce n’était pas vraiment quelque chose qui «arrivait». C’est si difficile d’en parler, car dans l’apparence, les choses se passent dans le temps. Lorsque la personne disparaît, ce n’est pas un évènement qui se produit dans le temps. Il est vu que cela se passe en dehors du temps et que tout est hors du temps.

Dans l’histoire, la personne qui a disparu revint très rapidement. C’est en tout cas ce qui est arrivé, ici, et ma compréhension en parlant avec d’autres ou en lisant des témoignages, est que c’est ce qui se passe le plus souvent. Il peut donc y avoir une disparition totale de la personne et puis, une seconde plus tard la personne revient, certainement en état de choc, se disant « Mais diable qu’était-ce donc que cela ?» Pourtant, même si la personne est revenue, quelque chose d’irrévocable s’est passé, un changement s’est produit dans l’individu apparent. Cela peut être différent pour chacun, tout ce que je peux faire, c’est donc dire ce qui se passa pour cet individu-ci. Je peux vous raconter les changements que cette personne a expérimentés par la suite, si vous le souhaitez, car il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur l’évènement en lui-même. J’ai essayé d’écrire sur le sujet, mais c’est très difficile. Tout ce que je peux dire c’est que c’est inimaginable, je pourrais vous inviter à l’imaginer, mais c’est impossible.

Je vous invite, toutefois, à imaginer que vous êtes là, tel que vous êtes, et soudainement pour une fraction de seconde, tout reste identique, exactement comme c’est maintenant, simplement vous n’êtes plus dedans. Pourtant vous avez la complète conscience de tout. Parfois on appelle cela la conscience du vide ou la conscience du néant, car le soi est vu comme complètement vide. Dans un sens cela semble être une parfaite description, mais le problème avec cette description c’est qu’elle ne peut être imaginée. Il y a eu, là, une personne pour trente, quarante ou cinquante ans, et cela ne correspond à aucune expérience que cette personne ait pu rencontrer dans cette vie apparente. Lorsque le mental entend une description de cette disparition, il essaye de relier ce qu’il entend, avec une expérience que la personne a connue. Le mental veut essayer de lui trouver un sens, en le reliant avec une expérience personnelle, mais ce n’est pas une expérience personnelle, puisqu’il n’y avait personne. Il n’y a aucune possibilité de comprendre cet évènement, en cherchant un rapport avec quoi que ce soit qui ait pu arriver auparavant.


 
 
 
 
Extraits choisis de : J’espère que vous allez mourir bientôt, de Richard Sylvester.
Publié avec l’autorisation des Éditions Charles Antoni – l’Originel
 
 
 
 
 
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Avr 20 2017

Entrevue avec Charles Antoni, fondateur de la maison d’édition L’Originel

Je vous invites à visionner cette magnifique entrevue réalisé par Paul-André Jetté de Réseau Vox Populi. De nombreux thèmes sont abordés dans les livres de Charles Antoni, tels que le développement personnel, la non-dualité, les philosophies de l’éveil, la Corse, l’enseignement soufi, Gurdjieff, la littérature, le yoga, la santé et le bien-être.


Avr 19 2017

Après l’extase, la lessive – Jack Kornfield

Ce n’est pas parce qu’on a connu l’éveil que tout est résolu, que tout est fini. La terre et la vie demeurent le grand champ que nous devons labourer pour y faire pousser fleurs et fruits. Il faut du temps pour apprendre à accepter ce que l’on est, et pour permettre à cette acceptation de faire mûrir ce que nous sommes.

Voici un texte assez éclairant de Jack Kornfield, tiré de son ouvrage de salubrité spirituelle: “Après l’extase, la lessive”, La Table Ronde 2001, p. 297:

«Un enseignant bouddhiste raconte qu’il s’attendait avec l’éveil à une “transformation personnelle”. Il eut la surprise de voir qu’en fait une “transformation impersonnelle” s’accomplissait. Il s’agit d’une ouverture du coeur et non d’un changement de personnalité.

Cet enseignant poursuit:

      «Sous de nombreux aspects, la transformation spirituelle de ces dernières décennies fut différente de ce que j’avais imaginé. Je suis toujours la même personne bizarre avec à peu près le même style et les mêmes modes d’être. Extérieurement, je ne suis donc pas cette personne éveillée, transformée de façon incroyable, que j’avais espéré devenir au début. Mais intérieurement, une grande transformation s’est opérée. Ces années de travail sur mes sentiments et mes rapports familiaux ont adouci mon humeur et ma manière de les aborder. A travers mes luttes menées pour connaître et accepter ma vie en profondeur, celle-ci s’est transformée, mon amour s’est développé et élargi. Ma vie ressemblait à un garage encombré dans lequel je passais mon temps à me cogner contre les étagères et à me juger moi-même; aujourd’hui, c’est comme si j’avais déménagé dans un hangar à avion avec les portes ouvertes. Toutes mes vieilles affaires sont là mais elles ne m’encombrent pas comme avant. Je suis toujours le même mais maintenant je suis libre de bouger et même de voler.»

Kornfield ajoute:

«Lorsqu’on demanda à Ram Dass si, après toutes ces années de discipline spirituelle, sa personnalité avait changé, il se mit à rire et répondit que non. Il affirma, à la place, être devenu “connaisseur de mes névroses”».

Dès le moment où nous savons que nous sommes, dans notre essence, le Tout, acceptons notre forme manifestée (au moins jusqu’à la mort), acceptons d’être tulipe, ou rose, ou simple lavande, et embellissons la terre avec la seule chose que nous sachions bien faire: être nous-mêmes — quoique toute une vie n’est peut-être pas de trop pour le faire vraiment bien.

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Avr 17 2017

Gitta Mallasz – Extrait

« Je ne suis pas l’auteur de Dialogues avec l’Ange,
j’en suis seulement le scribe »
Gitta Mallasz
Règles pour être (s) humain (s)
Un corps t’a été donné. Tu peux l’aimer ou le détester, mais ce sera le tien pour toute la durée de cette vie.
Tu vas apprendre des leçons. Tu es inscrit(e) dans une école informelle à plein temps appelée «Vie ». Chaque jour tu auras l’occasion d’apprendre des leçons dans cette école. Tu pourras aimer les leçons, ou penser qu’elles sont idiotes ou sans pertinence.
Il n’y a pas de fautes, seulement des leçons. La croissance est un processus d’essai et d’erreur : l’expérimentation. Les expériences « ratées » font tout autant parti du processus que celles qui réussissent.
Une leçon sera répétée jusqu’à ce quelle soit apprise. Une leçon te sera présentée sous diverses formes, jusqu’à ce que tu l’apprennes. Quand tu l’auras apprise, tu pourras passer à la leçon suivante. Lire la suite

Avr 7 2017

Mâyâ : l’illusion

 

Mâyâ : l’illusion

AU DÉPART

Depuis des temps immémoriaux, diverses philosophies et idéologies véhiculent l’enseignement selon lequel le monde où nous vivons n’est qu’illusion, que le tissu de notre réalité n’est en fait qu’un mirage issu de notre imagination. Dans la philosophie védique, la Mâyâ est l’illusion d’un monde physique que notre conscience considère comme la réalité. De nombreuses philosophies et recherches spirituelles cherchent à « lever le voile » afin d’apercevoir la vérité transcendante. Dans le sikhisme, la Mâyâ – le monde tel qu’on le perçoit normalement – n’est pas plus tangible qu’un rêve. D’ailleurs, lorsque nous nous réveillons le matin d’un rêve si prenant qu’il nous paraissait totalement réel, quelle certitude avons-nous de n’être pas entré dans un autre rêve ? De ne pas simplement nous promener d’un rêve à un autre ? Il y a, en effet, de remarquables similarités entre ce que nous nommons « éveil » et rêve. Le rêve « arrive » sans que nous en ayons le contrôle, les gens et les événements s’imposent à nous et nous devons faire avec. Ceci est tout à fait en concordance avec notre conscience de veille, ce que nous considérons comme réel, tout « arrive », nous ne créons ni ne prédestinons les gens et les événements de notre vie quotidienne. De plus, la similitude au niveau du comportement de notre mémoire est remarquable : nous savons tous comment il peut être difficile de se remémorer le rêve de la nuit dernière tout comme nous avons de la difficulté à nous souvenir de ce que nous avons mangé pour déjeuner deux jours auparavant ou encore comment nous étions vêtus il y a trois jours. Pourtant, dans le rêve comme dans l’éveil, n’avons-nous pas vécu chacun de ces moments avec vive intensité ? La forme et la couleur de chaque objet environnant, chaque note de la musique ambiante, chacune de nos pensées intérieures, chacune de nos sensations corporelles du moment ? Ce que nous appelons « réalité », tout comme le rêve, s’évapore aussitôt vécu, le terme « tangible » devient abstrait, le monde perçu redevient Mâyâ.

Les Enseignements de la Tradition abondent aussi en ce sens, stipulant que la race humaine vit dans un profond sommeil, dans une sorte de transe hypnotique qui lui fait croire qu’elle est éveillée alors qu’il n’en est rien. On y dit que l’humain n’est pas conscient de lui-même ni de la réalité objective qui l’entoure.

P.D. Ouspensky nous en parle en ces termes :

En règle générale, l’homme peut connaître quatre états de conscience. Ce sont : le sommeil, l’état de veille, la conscience de soi et la conscience objective.

Mais, bien qu’il ait la possibilité de vivre ces quatre états de conscience, il ne vit, de fait, que deux d’entre eux : une partie de sa vie se passe dans le sommeil et l’autre dans ce que l’on appelle ‘l’état de veille’, quoique en réalité son état de veille diffère très peu du sommeil.

[…]

Il est nécessaire ici de comprendre que le premier état de conscience – le sommeil – ne se dissipe pas quand apparaît le second, c’est-à-dire lorsque l’homme s’éveille. Le sommeil demeure présent avec tous ses rêves et ses impressions, s’y ajoute simplement une attitude plus critique envers ses propres impressions, des pensées mieux coordonnées et des actions plus disciplinées. À cause de la vivacité des impressions sensorielles, des désirs et des sentiments – en particulier le sentiment de contradiction ou d’impossibilité, entièrement absents au cours du sommeil – les rêves deviennent alors invisibles, de la même manière que sous l’éclat du soleil, les étoiles et la lune pâlissent. Mais les rêves sont toujours présents et exercent souvent, sur l’ensemble de nos pensées, de nos sentiments et de nos actes, une influence dont la force dépasse même parfois les impressions réelles du moment.

[…]

Le premier, ai-je dit, est un état purement subjectif. Le second l’est moins; déjà l’homme y distingue le ‘moi’ et le ‘non-moi’, c’est-à-dire son corps et les objets distincts de son corps et il peut, dans une certaine mesure, s’orienter parmi eux et connaître leurs positions et qualités. Mais, dans cet état, on ne peut pas vraiment dire que l’homme soit éveillé, parce qu’il reste fortement influencé par les rêves et qu’en fait il vit davantage dans les rêves que dans la réalité. Toutes les absurdités et contradictions des hommes et de la vie humaine en général s’expliquent lorsque nous réalisons que les gens vivent dans le sommeil, agissent en tout dans le sommeil et pourtant ignorent qu’ils sont endormis. Il est utile de se rappeler que tel est bien le sens intérieur de nombreux enseignements anciens. Celui qui nous est le plus proche est le christianisme ou l’enseignement des évangiles, selon lequel la compréhension de la vie humaine se base sur l’idée que les hommes vivent dans le sommeil et doivent avant tout s’éveiller. Cette idée est très rarement comprise comme elle le devrait, en l’occurrence : au pied de la lettre.[1]

Rêve, illusion, Mâyâ, conscience relative, sommeil… d’accord. Mais d’où viennent au dormeur les informations concernant son propre sommeil ? Si l’humanité est dans un profond sommeil, comment fait-elle pour s’en apercevoir ? Quelqu’un se serait-il fortuitement réveillé durant un bref moment, tout juste le temps de coucher sur papier une idée, une remarque telle que : Les humains sont endormis. Remarque qui une fois lue par un second individu, le poussant à réfléchir à ce concept, l’aurait accidentellement réveillé quelques instants, tout juste le temps d’ajouter à cette remarque : Oui, c’est vrai, mais le simple fait d’y réfléchir nous réveille un peu. Et qu’ainsi, d’individu en individu, de société en société, de peuple en peuple, la remarque initiale serait devenue message, philosophie, doctrine, voire manuel de l’utilisateur ? Serait-ce donc qu’il existe des outils pratiques qui permettent à l’humain de s’éveiller ? Une sorte de réveille-matin, mais qui aurait la fonction de réveiller l’être humain et non le matin ? Il semblerait bien, car c’est exactement ce que propose l’ensemble des doctrines et philosophies traditionnelles. Du Christianisme au Zen, de la Quatrième Voie au Bouddhisme, du Tao au Soufisme, ce qui peut sembler différentes façons de penser, différentes façons de voir, n’est en réalité qu’une seule et même chose : un doigt pointé vers l’Éveil, une tentative de « guide de l’utilisateur du sommeil ».

Il faut donc se rendre à l’évidence : si la réalité n’est qu’illusion, l’illusion, elle, est bien réelle ! Et c’est justement ce qui nous permet de la documenter, d’en dresser un plan, une « carte routière » pour ainsi dire et, à défaut d’en trouver immédiatement la sortie, ceci nous permet d’en indiquer tous les sens uniques et les culs-de-sac connus. Ce qui nous donne l’impression qu’il existe nombre de doctrines et de philosophies fondamentalement différentes n’est, à vrai dire, que l’immensité relative de cette « carte routière ». En effet, il existe d’innombrables routes/philosophies, de tailles/nombre de voies différentes, de sens différents et menant à des endroits/états intérieurs très différents. Certains chemins/doctrines ne possèdent aucune station-service et s’y aventurer trop longtemps mène directement à la panne sèche et à un retour, à pied, long et difficile. D’autres conduisent à des villes/événements dont les rues/causes forment un labyrinthe/émotions des plus complexe, il est donc conseillé dans le guide de ne pas s’y aventurer inutilement et, si besoin est, une annexe/méditation aura été ajoutée à cet effet.

Mais il n’existe que rarement des indications de type « Vous êtes ici », « Bienvenue à PeurVille » ou « Limite du Village de l’Amour, au revoir ». La plupart du temps, les indications de ce type seront erronées puisqu’elles auront été faites par des gens endormis. Et pour ajouter à la complexité du jeu, chacun de nous est né à des endroits différents sur cette immense « carte routière ». Certains, sur une île déserte où ils devront apprendre à nager, et d’autres, qui savent pourtant nager, au coeur d’une ville/labyrinthe où ils devront apprendre à s’orienter s’ils veulent s’en sortir.

Mais ce « guide de l’utilisateur », cette « carte routière », à quoi ressemble-t-elle ?

Sans verser dans le cliché « chacun doit construire sa propre carte, elle est différente pour tous et débrouillez-vous avec ça », quoiqu’il contienne indéniablement une part de vérité, je dirais qu’elle ressemble à un casse-tête dont les pièces auraient été semées aux quatre coins de la connaissance humaine, si celle-ci est carrée bien entendu. Chacun des morceaux de cette mosaïque doit être glané, grappillé et butiné à coups de curiosité, de réflexion et d’introspection. Un effort personnel doit être fait afin d’en comprendre chaque partie de même que pour en saisir la totalité. Mais je trouve personnellement que nous vivons à une époque intéressante à ce point de vue, car nombre des pièces de ce casse-tête semblent refaire surface dans différents domaines de la connaissance. J’aimerais émettre un dernier commentaire concernant cette analogie avant de continuer : chaque parcelle de la mosaïque a un double sens et c’est précisément ce qui nous indique que c’est une pièce valide du casse-tête; elle nous démontre clairement que nous vivons dans l’illusion et, de ce fait, de la façon même dont elle nous le prouve, elle nous indique la marche à suivre pour en sortir. Définitivement, comme le disent les soufis, les informations relatives au remède résident à même la maladie.

NOS SENS

L’étude objective de nos cinq sens nous démontre, sans l’ombre d’un doute, que nous devrions, justement, douter de tout ce que nous percevons. Bien sûr, ils sont essentiels à notre « navigation » sur les eaux troubles et mouvantes de ce que l’on nomme réalité, mais sont-ils adéquatement fonctionnels ? Suffisamment entraînés ? Possèdent-ils l’acuité qu’on leur attribue généralement ? Explorons ce terrain quelque peu.

Le toucher devient confus lorsque nous abordons les extrêmes : la morsure du froid devient brûlure et vice-versa. Certaines parties du corps sont moins sensibles que d’autres et il devient alors difficile d’être certains de ce que nous ressentons. Le dos est l’exemple le plus commun, le jeu du « devine ce que je t’écris dans le dos avec mon doigt » en est un exemple classique. Lorsque nous appliquons, sur le dos, les pointes de deux crayons trop près l’une de l’autre (moins de trois centimètres) nous n’en sentons confusément qu’une seule.

L’ouïe se laisse facilement berner par les sons similaires. Il nous arrive d’entendre quelqu’un dire quelque chose qui nous fait sursauter, qui nous étonne, mais, après investigation, nous nous rendons rapidement compte que nous avions simplement « mal entendu ». Bien sûr, l’acuité auditive décroît avec l’âge comme, malheureusement, tout le reste, mais je me dois de citer ici la « nouvelle » technologie sonore, de plus en plus utilisée, qui permet aux propriétaires de commerces d’en éloigner les jeunes simplement en émettant un son d’une fréquence assez élevée pour que celui-ci ne soit audible que par un certain groupe d’âge ! D’ailleurs, ce son a rapidement été porté sous le format de sonnerie pour téléphones cellulaires. Les parents et enseignants ignorant ainsi que les enfants et/ou les étudiants reçoivent des appels.

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L’odorat, comme certains autres sens, s’accoutume rapidement à sa situation, comme s’il avait été conçu pour n’indiquer que les changements et non la continuité. En effet, l’odeur désagréable d’un endroit ne nous affecte plus après un certain temps et lorsque nous quittons cet endroit, nous trouvons que l’air frais et pur a une de ces odeurs !

Le goût est probablement le sens qui est à la fois le plus stable et le moins fiable. Oui, il arrive que nous ayons le « goût dérangé », mais ceci n’est pas lié au concept de l’illusion. Par contre, la fausse association du plaisir pour le palais et la langue et de la valeur nutritive réelle des aliments que nous goûtons donne matière à réflexion. Mangez uniquement ce que vous trouvez réellement bon au goût et vous passerez votre vie entière à ingurgiter du glutamate monosodique et vous pourriez dire au revoir à vos neurones ! L’illusion du « bon » est ici à son comble.

Quant à la vue, elle est incontestablement le sens dont la tromperie est la plus documentée. Nous l’avons tous vu et expérimenté avec les illusions d’optique. Je ne m’étendrai pas inutilement sur le sujet, mais laisserai le lecteur découvrir et/ou expérimenter avec ces quelques exemples :

Donc, d’illusions en mauvais signaux nerveux en passant par l’accoutumance, nous réalisons qu’il semble que nos sens nous trompent joyeusement à presque toutes les occasions possibles. Mais est-ce réellement le cas ? Est-ce réellement nos sens qui ne sont pas bien ajustés à notre monde physique tridimensionnel ? Ou serait-ce en réalité autre chose ? Bien sûr, il est plus aisé pour l’Ego de déclarer que nos sens sont maladroits et/ou mal entraînés et que nous voguons à tâtons dans le monde physique, mais à y regarder de plus près, à bien analyser la situation, nous devons en conclure tout autrement : notre cerveau ne suit pas la danse. Nos yeux ne nous envoient pas d’informations qui stipulent que « la ligne n’est pas droite » ou que « les cercles tournent », ils nous envoient l’image telle quelle est, immobile et bien droite. Nos oreilles ne nous transmettent pas « Sept bicycles à espace » alors qu’en réalité notre interlocuteur a dit : « C’est ici que ça se passe ». C’est notre organe pensif qui interprète, à tort, l’information. Quelque chose se passe de travers au niveau de nos neurones pour ainsi dire, car c’est au niveau du traitement de l’information qu’il y a défaillance et non au niveau de l’information elle-même. L’illusion, la Mâyâ ne réside donc pas à l’extérieur de nous, dans le mauvais fonctionnement de nos capteurs physiques, mais bien à l’intérieur de nous, dans le décodage de l’information reçue. C’est notre interprétation de la réalité qui est fausse. Et Dieu, s’il existe vraiment, sait combien il est facile de nous tromper à ce niveau. Exemplifions encore un peu plus.

Un jeu classique, que tous les enfants s’amusent à se faire mutuellement, est le fameux « tes bras passent au travers du sol ». Étendu au sol à plat ventre, les bras droits au-dessus de la tête, face contre terre, la première personne se ferme les yeux et se laisse prendre les mains par la seconde. Celle-ci lève les bras de la première à environ un demi-mètre du sol, maintient cette position une trentaine de secondes et commence à les redescendre tranquillement. La personne couchée par terre, une fois son visage au sol, croit qu’incessamment ses bras et ses mains vont aussi toucher le plancher alors qu’en réalité ils sont encore à plus d’une dizaine de centimètres de celui-ci. La seconde continuant de descendre très tranquillement, la première a la sérieuse impression que ses bras et ses mains passent au travers du sol. Si vous ne l’avez jamais fait, tentez-le, ça vaut le coup.

Un autre exemple intéressant : Selon une étude de L’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenìre soeint à la bnnoe pclae. Le rsete puet êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujorus lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot. La peruve !

Nous parlons d’illusion, mais que dire du contrôle ? Ferait-il lui aussi partie de l’illusion ? Restez assis, levez votre pied droit du plancher et faites-lui faire des cercles dans le sens des aiguilles d’une montre. Pendant que vous faites des cercles avec votre pied droit, dessinez le chiffre 6 dans les airs avec votre main droite. Votre pied changera de direction. Si ce n’est pas le cas, tentez de le faire avec le côté gauche. Un contrôle illusoire ?

LA CONNAISSANCE DE SOI

L’idée initiale selon laquelle, pour la majeure partie des systèmes de pensée philosophique, religieux et ésotériques, la race humaine vit dans une totale illusion, dans la Mâyâ, prend d’ores et déjà une connotation plus terre-à-terre, plus tangible à la suite de cette brève exploration de notre perception erronée du monde extérieur. Nous pouvons sentir qu’il y a là un lien concret, justifiable et démontrable : notre « matière grise », de laquelle, en tant que race, nous sommes si fiers est loin d’être parfaite, une mise au point s’imposerait sérieusement. C’est d’ailleurs ce que nous proposent la plupart de ces enseignements : un réajustement de nos perceptions et de notre contrôle sur nous-mêmes, car nous n’en avons que très sur notre fonctionnement global sinon aucun et pourtant nous nous donnons la tâche de comprendre l’Univers. Peut-être devrions-nous nous comprendre nous-mêmes d’abord ?

Les enseignements traditionnels utilisent le terme sommeil et transe « hypnotique » pour une raison très simple : nous sommes des êtres hypnotiques, la science et l’art de l’hypnose et de la suggestion mentale le prouvent hors de tout doute. Nous trouvons « confort » et « sécurité » à travers la répétition, à travers nos habitudes quotidiennes, et nous sommes extrêmement malléables et facilement conditionnés via celles-ci: il s’agit de nous répéter une phrase, un mot, un concept suffisamment de fois pour que nous le tenions pour « réel », pour vrai et que nous le propagions à notre tour. Ceci rejoint le concept de mème, unité cognitive échangeable qui se propage, tel un virus, de bouche à oreille, d’écran à haut-parleur et qui véhicule des informations et des concepts. La majorité des opinions publiques sont ainsi formées, par la répétition d’une affirmation de la part des médias, des amis, de la famille, etc., et en peu de temps nous prenons cette affirmation pour une opinion personnelle. Les travaux d’Ivan Pavlov concernant le conditionnement et l’apprentissage par répétition soutenue de stimuli en dit long sur l’aspect « programmable » de l’être humain. Il ne faut pas se leurrer à ce sujet, car il est d’une importance capitale à la compréhension de la situation présente de l’humanité – ainsi que de notre situation personnelle.

Il va sans dire qu’il y a dans ce concept de conditionnement par répétition la base même de tous nos apprentissages, personnels et collectifs, soit la formation de « connaissances » basées sur la causalité et l’induction empirique. Lorsque nous posons une action, la réaction immédiate de notre environnement – si la même séquence action-réaction se répète à quelques reprises – deviendra une notion enregistrée et sur laquelle nous baserons nos actions futures. L’inverse est tout aussi véridique et encore plus important : à chaque stimulus de notre environnement qui provoque un changement en nous, soit-il émotionnel, physique ou même intellectuel, la répétition de cette action-réaction formera en nous une réaction conditionnée : tout ce qui aura été enregistré par notre cerveau en un court laps de temps précédent l’événement deviendra, dans notre esprit, précurseur et annonciateur des événements à venir. Pensons au chien de Pavlov. La problématique de cette mécanique est double et réside, premièrement, dans le fait qu’elle crée un empirisme comportemental, réactionnel plutôt que libre, et nous place dans une situation très précaire. Individuellement et collectivement nous sommes prompts à la manipulation puisque nos comportements sont prévisibles et aisément programmables. L’analogie du magicien et des moutons de Gurdjieff[2] y prend tout son sens. Deuxièmement, cette dynamique crée en nous l’anticipation constante d’une continuité, donc la formation de jugements fixes, coulés dans le béton, desquels nous ne dérogeons que très rarement. Cette façon de penser est si présente en nous que nous avons l’audace de déclarer des axiomes tels que : L’exception confirme la règle ! Préjugés, fermeture d’esprit, croyances, etc., sont formés par des répétitions idéologiques, issues des médias, de notre entourage immédiat, de notre culture dans son ensemble et de nous-mêmes. Pour ainsi dire, nous créons notre propre illusion. Notre mécanique psychique interne crée, entretient et perpétue cette illusion que nous avons de ce qui nous entoure et de nous-mêmes, de ce que nous sommes en réalité.

Qui plus est, cette dynamique d’apprentissage par répétition, permettant la formation d’idées dogmatiques, fixes et immuables à l’intérieur de notre psyché, permettra aussi, puisque la tolérance est plus économique que la confrontation, des idéologies contradictoires, ce que l’on nomme en psychologie moderne des dissonances cognitives. Il est aisé de comprendre que dès l’enfance, par un mécanisme de survie lié à la dépendance physique, l’enfant adoptera des comportements et des idées qui deviendront ensuite, plus tard dans sa vie, complètement inadéquats. Inadéquats soit, mais ils ne disparaîtront pas pour autant. Ils deviendront conflictuels, mais, encore une fois, comme la tolérance nécessite moins d’énergie à court terme que la confrontation et la déprogrammation, ils ne seront pas modifiés en fonction de leurs mauvaises concordances avec le moment présent, car il sera plus simple et plus économique, provisoirement, d’ajouter un « coussin » d’adaptation entre le mauvais comportement acquis et la situation présente. Une sorte de logique justificative qui permette de raccorder deux réalités divergentes de façon relativement soutenable. Et comme les expériences passées et les mauvais comportements s’accumulent au fil du temps, les coussins deviennent aussi de plus en plus nombreux. De plus, ce qui était à une certaine époque de notre vie un mauvais comportement et un coussin juxtaposés, suite aux répétitions, deviendra un comportement en tant que tel, un peu comme la goutte d’eau au bout du glaçon qui, une fois gelée, devient partie intégrante du glaçon. De cette progression « par défaut » de notre psyché, naissent des comportements, des idéologies et des points de vue qui sont foncièrement contradictoires, mais aussi, à toutes fins pratique, invisibles à nous-mêmes. Il est beaucoup plus aisé de voir ces contradictions chez les autres et nous les jugeons d’ailleurs très sévèrement à cet égard, mais lorsqu’on nous fait remarquer cette même dissonance en nous, nous nous empressons de créer de nouveaux coussins pour nous justifier. Car ce qui était plus économique au départ, la création d’un petit coussin, devient encore beaucoup plus économique une fois que la taille du glaçon/trait psychique a grandi. Ce mécanisme d’idéologies/comportements inadéquats rapiécés de coussins à n’en plus finir crée ce que les enseignements traditionnels nomment les « moi » de la psyché individuelle. L’être humain est perçu/vu comme étant un amalgame hétéroclite de « moi » contradictoires, de petits égos et qui entravent le bon fonctionnement et le possible développement de l’être complet. Oupensky en parle en ces termes :

Tout d’abord, l’homme doit savoir qu’il n’est pas un; il est multiple. Il ne possède pas un Moi, ou ego, permanent et immuable. Il est sans cesse différent. À un moment donné, il est une personne ; le moment suivant, une autre, puis une troisième, et ainsi de suite, presque sans fin.

L’illusion de son unité ou de son unicité est produite chez l’homme d’une part par la sensation de son corps physique, d’autre part par son nom, qui dans la plupart des cas ne change pas, et en troisième lieu, par un certain nombre d’habitudes mécaniques implantées en lui par l’éducation ou acquises par imitation. Recevant en permanence les mêmes impressions physiques, s’entendant toujours appeler par le même nom et observant en lui les habitudes et penchants qu’il a toujours connus, il reste persuadé qu’il est en permanence le même.

En réalité, il n’y a pas d’unité en l’homme et pas de centre de commande unifié, pas de moi ou d’ego permanent.

Voici un schéma général de l’homme :

Chaque pensée, chaque sentiment, chaque sensation, chaque désir, chaque attirance ou répulsion constitue un ‘moi’. Ces ‘moi’ ne sont ni coordonnés ni reliés entre eux. Chacun d’eux dépend d’un changement de circonstances extérieures et d’impressions reçues.

Certains d’entre eux prennent mécaniquement la suite de certains autres ou apparaissent toujours en compagnie de certains autres, mais il n’y a en cela ni ordre ni système.

[…]

Chacun de ces ‘moi’, à un moment donné, ne représente qu’une part infime de nos ‘fonctions’, ou ‘cerveau’, ou ‘intelligence’, mais chacun d’entre eux prétend représenter le tout. Lorsqu’un homme dit ‘moi’, on pense qu’il exprime par là la totalité de lui-même, mais en fait – même en croyant être sincère – il ne s’agit que d’une pensée fugitive, d’un état d’âme passager, d’un bref désir. Une heure plus tard, il peut parfaitement l’avoir oublié et, avec la même conviction, affirmer une opinion, un point de vue ou des intérêts inverses. Le pire est que l’homme ne s’en souvient pas. Dans la plupart des cas, il croit au dernier ‘moi’ qui s’est exprimé et cela tant qu’il dure, c’est-à-dire tant qu’un autre ‘moi’, parfois sans lien avec le précédent, n’exprime pas plus fortement son opinion et ses désirs.[3]

Ces moi/biais/égos, une fois créés dans la psyché, n’ont qu’une tendance : croître. Et plus un biais est de taille, plus il aura d’influence sur notre Personnalité, sur nos idées et sur notre être en général. Et plus ils seront forts, plus ils agiront comme filtre aux nouvelles données en provenance de notre réalité. Un système de croyances se sera formé et installé. D’ores et déjà, n’y entrera pas qui le désire. Et cette tendance à filtrer les nouvelles données ne fait que s’accroître avec le temps, car les égos/glaçons/traits psychiques n’auront fait que grandir.

S’il en est ainsi pour l’individu, que dire de la culture d’une société ? D’une psyché collective ? Eh bien, encore une fois, la maxime hermétique « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas » se pointe le bout du nez ici, car puisque chaque être du groupe sera un filtre ambulant, un système de croyances sur deux pattes, la culture partagée d’un groupe précis ne saura être autrement, voire pire. Pire, car elle devra trouver des dénominateurs communs, des terrains d’entente neutres où puisse s’identifier la majorité de ses citoyens. Bien entendu, elle ne réussira pas à en avoir la totalité puisque trop de pensées contradictoires existent et, avec le temps, les structures mêmes d’une société deviendront contradictoires et une certaine forme de dissonance cognitive collective s’y sera installée. Mais il se créera des coussins, comme au niveau individuel, collectivement cette fois-ci, que l’on nommera Loi, Législations, etc. Et plus le temps avancera, plus il faudra recoussiner à coup de corrections, de réajustements et d’amendements aux lois, car la loi/coussin originale aura pris la forme d’un glaçon/trait culturel pour lequel il faudra à nouveau pallier.

Alors, l’idée de l’Illusion ultime, de la Mâyâ des enseignements anciens, devient de plus en plus tangible, intelligible et compréhensible. Nous commençons à en percevoir la réelle signification. Il y a bien entendu le fait que nous n’ayons pas les sens requis pour percevoir l’invisible comme les ondes radios, les champs magnétiques, etc., mais aussi, et surtout, que nous passons la grande majorité de notre existence dans un tissu mensonger d’illusions sur nous-mêmes, sur les autres et sur tout ce qui nous entoure.

Notes :

[1] Ouspensky, P.D, L’homme et son évolution possible, Éditions Accarias, L’originel, Paris 1999.

[2] Gurdjieff cité par P.D. Ouspensky dans Fragments d’un enseignement inconnu :

Un conte oriental parle d’un très riche magicien qui avait un bon nombre de moutons. Mais ce magicien était très avare car il ne voulait pas embaucher de bergers, ni ne voulait ériger de barrière autour du pâturage où les moutons paissaient. En conséquence, les moutons vagabondaient souvent dans la forêt, tombaient dans des ravins et ainsi de suite, mais surtout ils s’enfuyaient, parce qu’ils savaient que le magicien voulait leur chair et leur peau, et ils n’aimaient pas cela.

Alors le magicien trouva un remède. Il hypnotisa ses moutons et leur suggéra tout d’abord qu’ils étaient immortels et qu’il ne leur serait fait aucun mal lorsqu’on les écorcherait, qu’au contraire, cela leur ferait beaucoup de bien et serait très agréable ; deuxièmement il leur suggéra qu’il était un bon maître qui aimait ses troupeaux tellement qu’il était prêt à faire tout pour eux ; et, en troisième lieu, il leur suggéra que si quoi que ce soit devait arriver, cela n’arriverait pas tout de suite et sûrement pas dans la journée, donc ils n’avaient pas besoin d’y penser. Au-delà de cela, le magicien suggéra à ses moutons qu’ils n’étaient pas du tout des moutons ; il suggéra à certains d’entre eux qu’ils étaient des lions, à d’autres qu’ils étaient des aigles, à d’autres qu’ils étaient des hommes et à d’autres qu’il étaient même des magiciens.

Ainsi tous ses soucis et inquiétudes à propos des moutons prirent fin. Ils ne s’enfuirent plus jamais et attendirent calmement le moment où il aurait besoin de leur chair et de leurs peaux.

[3] Ouspensky, P.D, L’homme et son évolution possible, Éditions Accarias, L’originel, Paris 1999.

(Source : Au nom de la Vérité)

http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-soi/science-de-l-esprit/maya-lillusion

B-calendrier-maya-completDav  « 2012 un nouveau paradigme


Avr 7 2017

A Propos de l’éveil…

L’éveil est la reconnaissance de qui nous sommes vraiment. C’est tout. Dit autrement, c’est la radiation du «je».  Que reste-t-il quand il n’y a plus de «je» avec ses concepts, ses goûts, ses intentions, ses peurs et ses plaisirs ? Il ne reste rien, que du vide plein de vie. Quand je ne suis plus rien, alors je peux être un avec tout. S’éveiller ou réaliser le Soi c’est prendre conscience que nous sommes un espace infini. C’est la découverte qu’il n’y a pas d’individualité, pas de séparation, de dualité. Tout ça, ce sont des illusions. Quand toutes ces illusions s’effondrent, il ne reste qu’une Présence silencieuse.

Cette prise de conscience se fait parfois dans la plus grande simplicité, d’autres vivent une expérience plus marquante. L’expérience n’est pas très importante, ce qui compte c’est la découverte de Soi et la libération de l’emprise de l’égo. La personne devient simplement consciente qu’elle est Un. Elle voit que le moi n’existe plus. L’idée du moi et de l’autre est disparue pour faire place à l’Indivisé. Il n’y a pas de chemin pour s’éveiller. Ce serait inutile car vous êtes déjà éveillés. Il n’y a rien à faire pour s’éveiller et rien de ce vous pouvez faire ne va déclencher l’éveil. Puisque le «je» individuel n’existe pas, rien ne vient de vous. C’est la Source qui s’exprime à travers vous. Alors pourquoi méditer, lire des livres ou faire des stages ? Que vous soyez en mesure de reconnaître, ou pas, que l’impulsion ne vient pas de votre individualité, mais de la totalité n’est pas très important. Si «Ça» vous dit de le faire, alors faites-le. Comment pourrait-il en être autrement ? Lire la suite


Avr 6 2017

La vie nous pousse hors de la zone de confort.

Traduit par Marc Lajoie du Web

La zone de confort est une zone dangereuse parce que nous nous ennuyons à en mourir et nous y rouillons. Nous sommes en train de faire perdurer une corvée et perdons notre créativité. Alors, nous pensons qu’il est choquant de nous déplacer vers un autre terrain de camping, après être resté 26 ans sur ce même terrain.

Je parle ici du véritable appel de l’Éveil. Souvent, la poussée est involontaire parce que l’on est secoué de sa zone de confort par un incident choquant : un enfant attrape la leucémie, la maison est inondée, tout d’un coup l’argent perd sa valeur. Regardez comment les gens reçoivent des chocs à présent pour sortir de leur zone de confort, partout dans le monde.

Jivanjili

Source : tiré d’un entretiens par André de Jong pour le magazine “InZicht” (février 2009)

Avr 5 2017

S’assumer

 


Il n’y a pas d’illusion en soi, mais seulement des êtres qui s’illusionnent et qui veulent encore y croire.

(…) Est-ce nous qui faisons nos pensées, ou bien est-ce nos pensées qui nous font ? Nous suivons nos pensées et les défendons sans savoir réellement d’où elles viennent. Ne plus être victime, mais être sujet et responsable de son illusion, en fait c’est plutôt bien et plutôt un avantage. Cela signifie que tout est entre nos mains et qu’il n’y a personne, aucun pouvoir tyrannique extérieur dont nous dépendons.

Si nous avons la faculté de nous illusionner, alors, nous avons aussi celle de nous désillusionner, ou plus simplement, de cesser de produire de l’illusion. Nous sommes le grand créateur de tout ceci. Comme un comédien, nous jouons un rôle avec lequel nous nous confondons et lorsque nous regardons dans le miroir, nous ne voyons plus que le masque qui dissimule notre vrai visage et nous nous prenons toujours pour un autre. Pouvons-nous remettre en question ce jeu, tous les jeux ? Il n’y a pas d’illusion en soi, mais seulement des êtres qui s’illusionnent et qui veulent encore y croire.

Ce n’est pas nous qui nous éveillons, c’est l’éveil qui nous illumine. Juste avant qu’il n’arrive, nous pensions avoir compris et accompli une part du chemin, avoir saisi une partie de la vérité et finalement nous réalisons que tout cela appartenait au rêve et qu’aucun éveil n’avait pris place. Du point de vue de l’illusion nous espérons toujours que « quelque chose » se produise, mais à l’instant de l’éveil, nous ne faisons que pleinement reconnaître ce qui a toujours été là. L’éveil était déjà là, dans cet instant, inséparable de nous. Bien que cette réalisation nous libère, la liberté n’est pas une chose nouvelle. (…)

http://www.denismarie.net