Jan 15 2018

Le silence-Krishnamurti

Le silence, ce n’est pas la cessation du bruit

Le silence, ce n’est pas l’arrêt du
vacarme incessant de l’esprit et du cœur : ce n’est pas le produit ni le résultat du désir, pas plus qu’un effet de la volonté.

La conscience, dans sa globalité, est un mouvement incessant et bruyant, évoluant dans des limites qu’elle s’impose elle-même. Dans ce cadre-là, tout silence ou immobilité est la cessation momentanée du bavardage, mais c’est un silence touché par le temps.

Le temps, c’est la mémoire, et pour cette dernière, le silence est de plus ou moins longue durée; le temps et la mémoire peuvent le mesurer, lui offrir un espace, lui donner une continuité – il devient alors un jouet de plus. Mais le silence, ce n’est pas cela. Lire la suite


Jan 11 2018

Est-ce là le but de l’Éducation, de vous obliger volontairement ou non à vous adapter à cette structure démente qu’on appelle la société?

krishnamurti« Voyez-vous, vous vivez dans une des plus belles vallées que j’aie jamais vue. Il s’y attache une atmosphère particulière. Avez-vous remarqué, surtout au crépuscule et aussi au point du jour, une certaine qualité de silence qui pénètre, qui imprègne toute la vallée ? Je crois qu’il y a autour de nous des collines parmi les plus anciennes du monde et l’homme ne les a pas encore abîmées. Partout où l’on va, dans les villes et ailleurs, l’homme détruit la nature, abat les arbres pour construire de plus en plus de maisons, polluant l’air avec ses automobiles et ses industries ; il détruit les animaux – comme le tigre qui a presque disparu. Il détruit tout parce qu’il naît de plus en plus d’enfants et qu’ils ont besoin de plus en plus d’espace. L’homme répand graduellement la destruction dans le monde entier. Quand on arrive dans une vallée comme celle-ci – où la population est peu nombreuse, où la nature n’est pas profanée, où règnent le silence, le calme, la beauté – on en est tout étonné. Chaque fois que l’on vient ici, on ressent l’étrange particularité de cette terre, mais il est probable que vous vous y êtes habitués. Vous ne contemplez plus les collines, vous n’écoutez plus les oiseaux, vous n’entendez plus le vent dans les feuilles. Petit à petit, vous êtes devenus indifférents.

L’éducation ne consiste pas à apprendre dans des livres, à confier certains faits à la mémoire, mais à apprendre comment regarder, comment écouter toutes ces choses que racontent les livres, que ce qu’ils racontent soit vrai ou faux. Tout cela fait partie de l’éducation. Elle ne consiste pas simplement à passer des examens, à obtenir un diplôme et une situation, à se marier et à s’installer, mais encore à savoir comment écouter les oiseaux, comment voir le ciel, l’étonnante beauté d’un arbre, le dessin des collines, comment les sentir, comment être vraiment en contact avec toutes ces choses. Tandis que vous allez vieillir, ce sentiment d’écouter, de regarder, disparaîtra malheureusement, parce que vous aurez des soucis, parce qu’il vous faudra plus d’argent, une plus belle automobile, plus ou moins d’enfants. On devient jaloux, ambitieux, avide, envieux ; et ainsi on perd ce sentiment de la beauté de la terre. Vous savez ce qui se passe dans le monde. Vous êtes forcément au courant de l’actualité. Il y a des guerres, des émeutes, une nation se dressant contre une autre. Dans ce pays également, il y a des divisions, des séparations, et il y a un taux de natalité croissant, une misère, des conditions sordides, une dureté grandissante. L’homme est indifférent à tout ce qui peut arriver à son prochain, pourvu qu’il soit, lui, bien en sécurité. Lire la suite


Jan 4 2018

Krishnamurti, le philosophe insoumis

Krishnamurti

Voici un extrait qui résume bien l’essentiel de son message :

« Il n’y a pas de Krishnamurti », comme il n’y a pas de dieu consolateur, ni de sens à la vie, affirme cet inclassable et virulent philosophe indien. La vérité est pour lui « un pays sans chemin », une vision intime, en élaboration perpétuelle, qu’il ne prétend ni détenir ni transmettre. Dès que vous suivez quelqu’un, vous cessez de suivre la vérité », dit-il. A chacun d’entrer en contact avec son enseignement, sans intermédiaire, crédulité ou idées préconçues, pour devenir « son propre maître et sa propre lumière ». Dans cette perspective, chère à Socrate, il conduit à « comment penser » et appelle à « une révolution silencieuse » : la connaissance de soi et le dépassement de la peur, pour s’ouvrir à la réalité de « ce qui est », seule voie d’accès à la dimension sacrée de la vie.

Être attentif à notre présent

Aux dogmes, modèles, certitudes de toutes obédiences, Krishnamurti oppose la vigilance, la prise de risque, la remise en question, individuelle et permanente. « La vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante… » Pour y accéder, il suffit de porter l’attention la plus vive à notre présent, notre banalité quotidienne. « L’ignorance, c’est de ne pas se connaître soi-même profondément ; et vous ne pouvez pas vous connaître si vous êtes incapables de vous regarder, de vous voir tels que vous êtes, maintenant, sans déformation, sans désir de changer. Dès cet instant, ce que vous verrez sera transformé, parce que la distance entre l’observateur et la chose observée ayant disparu, il n’y a plus de conflits. »

Vivre comme un être neuf

« Savoir » au sens où l’entend Krishnamurti, c’est « se dénuder complètement, se dépouiller des accumulations du passé et aborder la provocation [de la vie] à la façon d’un être neuf. » C’est se libérer de la pensée, qui est une réaction de la mémoire visant essentiellement à répéter un schéma connu, rassurant. Sous cet angle paradoxal, la pensée n’est, pour lui, jamais intelligente.

La peur empêche l’épanouissement de l’esprit

L’école est « un moule mortifère » axé sur le passé, la spécialisation, la compétition et l’autorité. A cette critique, il a apporté une réponse concrète : la création de quatre écoles à travers le monde, où sont enseignées aussi bien la connaissance de soi que les mathématiques. Elles s’attachent à éduquer et à enseigner du savoir, sans autorité ni peur : « Dès qu’il y a crainte, vous cessez d’apprendre vraiment. » La peur abrutit le cerveau, « empêche l’épanouissement de l’esprit et de la bonté… Accumuler des connaissances vous rend mécanique, mais apprendre permet à l’esprit d’être plein de spontanéité, de jeunesse, de subtilité. »

Trouver l’immobilité de l’esprit

S’il ne donne jamais sa propre méthode de méditation, Krishnamurti explique comment voir, en solitaire, la vérité. « Savez-vous ce que signifie : regarder un arbre et n’avoir aucune pensée, aucun souvenir interférant avec votre observation, vos sensations, votre sensibilité, votre état nerveux dans ce moment d’attention, de sorte qu’il y ait seulement l’arbre et non vous qui regardez cet arbre ? » Alors l’observateur est aboli.
Dans cette immobilité de l’esprit, « la vérité peut entrer en existence ». Cet état est pour lui création, un espace sans bornes, qui bruisse de « l’extraordinaire énergie de l’univers »

La beauté existe là où l’égo n’est point

« L’amour n’est pas la sensation. L’amour n’est ni le plaisir, ni le désir, ni son assouvissement. L’amour n’est ni la jalousie ni la haine. L’amour sait être généreux, compatissant, plein de tact. Pourtant, ces qualités ne sont pas l’amour. Il faut, pour y accéder, être extrêmement sensible à la beauté. Il ne s’agit pas de la beauté d’une femme, d’un homme… La beauté dont je parle existe là où l’ego n’est point. Cette beauté, cet amour, cette vérité, c’est la plus haute forme d’intelligence… »

(extraits de psychologies.com)
http://antrevue.wordpress.com/sagesses

Déc 29 2017

Krishnamurti – Voir : nature et beauté de l’observation et de la vision.

Les mots voir et vision chez Krishnamurti sont équivalents. Écouter, observer, comprendre, prendre conscience de, percevoir ont également le sens de voir, voir complètement et totalement
Pour Krishnamurti voir est essentiel. Voir est une affaire d’attention. Seule l’inattention donne naissance à un problème. Il est important de comprendre la nature et la beauté de l’observation, de la vision.

Tant que l’esprit est déformé par des impressions, des sentiments frôlant des névroses, par la peur, la tristesse, le souci, la santé, l’ambition, le snobisme, la recherche de puissance, il est incapable d’écouter, d’observer, de voir. C’est un point de connaissance qu’il nous faudrait approfondir. Non seulement verbalement mais intérieurement et profondément.

C’est le programme que préconise Krishnamurti: « Toujours nous voyons les choses partiellement, dit-il. D’abord parce que nous sommes inattentifs, secondement parce que nous les regardons à partir de nos préjugés, d’images verbales et psychologiques accompagnant ce que nous voyons. Jamais nous n’observons quoique ce soit d’une façon complète.

C’est chose ardue que de regarder objectivement même la nature. Regarder une fleur sans qu’il n’y ait aucune image, aucune notion botanique, simplement l’observer. Cela devient assez difficile parce que notre esprit vagabonde et ne s’intéresse à rien. Et même s’il s’intéresse, il contemple la fleur avec certaines appréciations, certaines descriptions verbales qui donnent à l’observateur le sentiment d’avoir vraiment regardé. Regarder de propos délibéré, c’est ne pas regarder. Donc jamais nous ne voyons la fleur, nous la voyons seulement à travers son image. »

Cependant il nous est plus facile d’observer quelque chose qui ne nous touche pas profondément. Quant à nous observer nous-mêmes sans l’image, l’image qui est le passé, qui est faite de notre expérience et de notre savoir accumulé, cela ne nous arrive que bien rarement. Nous avons de nous-mêmes une image. Nous nous figurons devoir faire ceci et non cela. Nous avons construit de nous-mêmes une image préconçue et c’est à travers elle que nous nous contemplons. Cette façon de voir les choses n’est pas bien sûr constante.
Krishnamurti nous dit: « Le triomphe du passé, le triomphe du modèle : alors voir devient devoir ou vouloir. N’est-ce pas? ».

Extrait d’un texte sur Krishnamurti – Inconnu – Internet –

http://decouvertetcheminement.blogspot.com/


Déc 26 2017

Un dialogue avec soi-même – Krishnamurti

Je me rends compte qu’il ne peut y avoir amour quand il y a jalousie, qu’il ne peut y avoir amour quand il y a attachement. Mais peut-on être libre de jalousie et d’attachement ?

Je m’aperçois que je n’aime pas. C’est là un fait. Pourquoi me moquer de moi-même ; pourquoi prétendre à ma femme que je l’aime. Je ne sais pas ce qu’est l’amour.

En revanche je sais fort bien que je suis jaloux, et je sais que je lui suis terriblement attaché et que, dans l’attachement, il y a de la crainte, il y a de la jalousie, de l’angoisse ; il y a un sentiment de dépendance. Je n’aime pas être dépendant, mais je le suis parce que je me sens solitaire. On me bouscule au bureau, à l’usine et, quand je reviens chez moi, je veux trouver du réconfort, une présence, je veux échapper à moi-même. Alors je me de­mande : comment puis-je être libre de cet attachement ? Je parle d’attachement à titre d’illustration, comme je pourrais parler d’autre chose. Lire la suite


Déc 24 2017

« Tout est là. » -Jiddu Krishnamurti

Libérer l'esprit« Se libérer de la société suppose de n’être ni ambitieux, ni cupide, ni en proie à la compétition. Cela signifie n’être rien en regard d’une société, elle-même en proie à l’ambition d’être quelque chose. Mais ceci, voyez-vous, est extrêmement difficile à accepter car vous risquez d’être piétiné ou laissé de côté, vous n’aurez rien. Et c’est précisément dans ce rien que réside la santé mentale.
 
Tant que nous voulons faire partie de cette société, nous perpétuons un modèle qui n’engendre que guerres, destruction, misère et folie. Mais se libérer de cette société – La société de la violence, de la fortune, de la situation, du succès – requiert patience, questionnement et découvertes et non de lire des livres, de se mettre en quête de maîtres, ou de psychologues, etc. » – Jiddu Krishnamurti Lire la suite

Déc 21 2017

La crise n’est pas dans le monde extérieur, elle est dans notre conscience elle-même

Si nous examinons nos rapports actuels les uns avec les autres, qu’ils soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons qu’il y a toujours fragmentation.  La femme ou le mari, le jeune homme ou la jeune fille, chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels et égoïstes, enfermé dans son propre cocon.  Tous ces éléments contribuent à la construction d’une image en soi-même, tous nos rapports avec autrui passent à travers cette image et, par conséquent, il n’y a aucune relation réelle directe. Je ne sais pas si vous avez conscience de la structure de la nature de cette image que chacun construit autour de soi et en lui-même.  Cela se fait à chaque instant, et comment peut-il y avoir des relations avec autrui quand existent cet élan personnel, cette envie, cette esprit de compétition, cette avidité, et toutes ces forces qui sont entretenues et exagérées dans notre société moderne ?

Comment pourrait-il y avoir des relations avec un autre si chacun de nous est lancé à la poursuite de sa propre réussite personnelle, de son propre succès ? Je ne sais pas si nous avons conscience de tout ceci. Nous sommes ainsi conditionnés que nous l’acceptons comme étant chose normale, le modèle de la vie, chacun de nous devant poursuivre ses propres particularités, ses propres tendances, et néanmoins s’efforcer d’établir des relations avec autrui. N’est-ce pas là ce que nous faisons tous ?  Vous êtes peut-être marié, et vous allez au bureau ou à l’usine ; quoique que vous fassiez pendant la durée de la journée, c’est cela que vous poursuivez. Et votre femme est chez elle, ayant ses propres ennuis, en proie à ses propres vanités, avec tout ce qui se passe autour d’elle. Et qu’elles sont alors les relations existant entre ces deux être humains ? Au lit, dans leur vie sexuelle ? Des relations tellement superficielles, limitées et circonscrites ne sont-elles pas en elles-mêmes l’essence de la corruption ? Lire la suite

Déc 18 2017

Une manière d’agir totalement différente

Krishnamurti - portrait

Krishnamurti

Il ne s’agit pas ici d’une propagande idéologique, ni d’une forme de croyance, ni de conclusions d’ordre philosophique, ni d’une religion dans l’acception communément admise du terme. Nous observons ce qui se passe dans le monde. Il ne s’agit pas d’un point de vue personnel mis en avant par l’orateur ; c’est ensemble que nous observons lucidement — sans aucun préjugé, sans nous identifier à une portion spécifique de l’univers, ni à aucune croyance, à aucun dogme religieux — nous observons donc l’extrême violence à l’oeuvre dans le monde : les guerres, la menace de la bombe atomique, les dissensions religieuses, les divisions nationalistes avec leur panoplie d’armements. L’univers dans lequel nous vivons est un univers dangereux, et la plupart des gens ne se rendent pas compte, je le crains, de l’immense dégradation, de l’immense dégénérescence en marche dans le monde entier. Et nous nous efforçons d’appliquer à ces problèmes des solutions politiques, économiques, sociales ou évangéliques — ce qui, bien entendu, ne fait qu’accroître encore la confusion, la séparation, la division et donc le confit.

Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes. La crise, elle est dans notre conscience, c’est-à-dire dans notre esprit, dans la manière que nous avons de considérer le monde sous un angle étriqué et limité. C’est là qu’est la crise. L’esprit humain a évolué sur des millions et des millions d’années, il est conditionné par le temps et l’évolution. Un esprit conditionné de la sorte, avec la conscience étroite, limitée, exclusive qui est la sienne — considérant la crise qu’il traverse dans le monde actuel — peut-il jamais être changé ? Peut-il amener un changement radical au sein de ce conditionnement ? Lire la suite


Déc 17 2017

Convergences du Ch’an & de la pensée de Krishnamurti

Le Ch’an et Krishnamurti conseillent de s’affranchir de la tyrannie des besoins matériels et des attentes spirituelles.

« Nous sommes, dit Krishnamurti, pour la plupart, riches de tout ce que produit la société, de tout ce qu’elle a créé en nous et de ce que nous avons créé en nous-mêmes : riches en avidité, envie, colère, haine, jalousie, angoisse. En cela nous sommes très riches. Des religions, à travers le monde, ont prêché la pauvreté. Le moine revêt sa robe, change de nom, se rase la tête, entre dans une cellule et fait vœu de pauvreté et de chasteté. En Orient il ne dispose que d’un pagne, d’une robe, d’un repas par jour, et nous respectons cette pauvreté. Mais ceux qui l’ont assumée sont encore, intérieurement, riches de tous les produits de la société, car ils recherchent une situation, un prestige. Appartenant à tel ou tel ordre, à telle ou telle religion, ils vivent toujours dans ce qui divise et sépare les cultures et les traditions. Ce n’est pas cela la pauvreté, car elle consiste à être totalement libre par rapport à la société, encore que l’on puisse avoir quelques vêtements de plus et consommer quelques repas de plus. Grand Dieu, qui en fait cas ? Mais, malheureusement, beaucoup de personnes sont avides de ce genre d’exhibitionnisme.

La pauvreté devient une chose merveilleuse quand on s’est libéré psychologiquement de la société. On devient pauvre intérieurement car on n’a plus rien du tout dans l’esprit, ni recherches, ni exigences, ni désirs : rien. Ce n’est que cette pauvreté intérieure qui peut percevoir la vérité d’une vie en laquelle n’existe aucun conflit. Une telle vie est une bénédiction qu’aucune église, qu’aucun temple ne peuvent donner. »

Le Ch’an et Krishnamurti s’élèvent contre l’autorité spirituelle (« Ne met pas de tête au-dessus de la tienne », disait le troisième patriarche du Ch’an, Seng-T’san.) et dénoncent l’attachement aux textes (Un maître Ch’an recommande : « Si vous êtes bouleversé par le soutra, bouleversez plutôt le soutra vous-même »).

Le Ch’an et la pensée krishnamurtienne ne peuvent être considérés comme des systèmes d’idées, ni comme des métaphysiques.

Tous deux n’ont ni dogmes, ni croyances, ni symboles grossiers ou subtils, ni rituels, ni temples, ni disciplines, ni principes.

Tous deux sont non-traditionalistes, non-conformistes. Il n’y a pour le Ch’an et pour Krishnamurti, aucun intermédiaire entre l’homme et l’Univers, ni mérites à acquérir.

Il n’y a pour l’un comme pour l’autre aucune « voie ». (Il n’y a pas de voie puisque nous sommes nous-mêmes la Réalité, nous dit le Ch’an). Krishnamurti développe exactement le même point de vue dans un ouvrage au titre significatif « La Réalité sans Voie ».

Krisnamurti et le Ch’an insistent tout deux sur le fait fondamental que nous n’avons rien à faire, nous n’avons pas d’édifice spirituel à construire.

Nous n’avons pas à « devenir » quelque chose d’autre mais à prendre conscience de ce que nous sommes.

S’affranchir de l’autorité et trouver en soi la docte Inconnaissance

« En vue de rejeter l’autorité (je parle de l’autorité psychologique, pas celle de la loi), en vue de dénier toute autorité aux organisations religieuses, aux traditions, à l’expérience, on doit voir pourquoi l’on a une tendance habituelle à obéir, et l’on doit étudier ce penchant. Pour ce faire, on doit se libérer de tout ce qui est condamnation, opinion, acceptation. Il est impossible d’accepter l’autorité tout en l’étudiant. Pour étudier en nous-mêmes toute la structure psychologique de l’autorité, nous devons en être dégagés. Cette étude comporte une négation de toute cette structure, et lorsque nous la nions, cette action est la lumière de l’esprit qui s’est libérée de l’autorité. Nier, dans ce domaine, tout ce à quoi on a attribué de la valeur, la discipline imposée, les maîtres, l’idéalisme, c’est les étudier, et cette action n’est pas seulement discipline, mais sa négation, qui est un acte positif. Nous nions ainsi tout ce qui a été considéré important en vue de provoquer ce silence de la pensée.

Nous voyons donc que dominer la pensée ne la rend pas calme et paisible. Avoir l’esprit tellement absorbé par son sujet qu’il s’y perd, n’est pas non plus un état de silence. L’enfant à qui on donne un jouet qui l’intéresse s’y absorbe et devient très calme. Mais lorsqu’on lui retire le jouet, il redevient turbulent. Nous tous avons nos jouets qui nous absorbent et nous nous imaginons être très tranquilles, mais on peut se dédier à une activité, scientifique, littéraire ou autre, sans pour autant, être du tout dans un état de silence.

Le seul silence que nous connaissions est celui qui se produit lorsqu’un bruit s’arrête. Ce n’est pas cela, le silence. C’est comme la beauté, comme l’amour, quelque chose de tout différent. Ce n’est pas le produit d’un esprit au repos. Ce n’est pas l’effet d’un arrêt de certaines cellules cérébrales, lorsque ayant compris tout le processus de l’agitation, elles en ont assez et veulent qu’il se taise, car alors ce sont elles, les cellules, qui produisent un silence. Ce n’est pas la conséquence d’un état d’attention où l’observateur est observé : là, il n’y a plus de frottements, mais ce n’est pas le silence.

Vous attendez que je vous dise ce qu’est ce silence, afin de le comparer à ce que vous pouvez en penser, de le traduire, de l’emporter et de l’enterrer. Il ne peut pas être décrit. Ce qui peut se décrire n’est jamais que du connu, et l’on ne peut se délivrer du connu qu’en mourant chaque jour à lui, aux blessures, aux flatteries, à toutes les images que l’on avait formées, à toute l’expérience ; qu’en mourant chaque jour, afin que les cellules du cerveau redeviennent fraîches, jeunes, innocentes. Mais cette innocence, cette fraîcheur, cette qualité de gentillesse et de tendresse n’engendrent pas l’amour. Cette qualité n’est pas celle de la beauté ou du silence.

Ce silence-là, qui n’est pas celui où s’arrête un bruit, n’est encore qu’un petit début, comme si l’on passait par un petit trou vers l’énorme, l’immense étendue de l’océan, vers un état immesurable, intemporel. Mais cela, vous ne pouvez pas le comprendre verbalement si vous n’avez pas compris toute la structure de la conscience, la signification du plaisir, de la douleur, du désespoir et si vos cellules cérébrales ne se sont pas mises d’elles-mêmes au repos. Alors, peut-être, rencontrerez-vous le mystère que personne ne peut vous révéler et que rien ne peut détruire. Un esprit vivant est un esprit silencieux qui n’a pas de centre et, par conséquent, ni espace ni temps. Un tel esprit est sans limites, et c’est la seule vérité, la seule réalité. »

Krishnamurti

Sources :
« Se libérer du connu », Krishnamurti, éditions Stock.
« Bouddhisme, taoïsme et zen », Robert Linssen, Le Courrier du Livre.
http://bouddhanar.blogspot.com

Déc 7 2017

Qu’est-ce que le néant?