Sep 23 2017

L’absence de pensées

Francis Lucille

Août 22 2017

L’OUVERT

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« L’ Ouvert » implique l’absence de thèse, l’absence de conclusion, en fait n’implique rien mais ne peut s’exprimer que par le simple énoncé de l’évidence qui s’impose. Voyez ce mouvement (un vrai déracinement, quasiment une transmigration…) du corps-esprit qui consiste à passer de l’évidence à la thèse: il est clair pour moi que tout est conscient (tout ce qui est perçu), et je suis sans théorie à ce propos. Et par une translation, j’énonce: tout est conscience.

Le fait que tout soit conscient, perçu consciemment n’est pas de l’ordre du savoir: je ne sais pas que je perçois, je ne me sais pas être conscient. Dans ce non-savoir, l’apparence des choses est à elle-même sa réalité, sa lumière. Dans ce non-savoir, tout est ouvert, simplement, mais pas l’ouvert de l’alternative « ouvert-fermé ». Ceci n’est pas une posture, un pré (ou post) supposé. Le plus difficile, ici, est, si telle est notre propension, à approfondir notre connaissance de soi et des choses sans ternir ou occulter ce non-savoir, sans prendre position. Approfondir et enraciner, dans une assurance à tous les niveaux de notre non-savoir ouvert. Lire la suite


Août 12 2017

L’ Esprit sans demeure

Si vous voulez connaître cet Esprit clair et sans demeure, lorsque vous êtes assis correctement, connaissez seulement l’Esprit et ne pensez à rien. Tout ce qui est bien, tout ce qui est mauvais, n’y pensez pas du tout.Les affaires du passé sont déjà passées, donc n’y pensez pas, alors l’esprit du passé s’effacera de lui-même, cela s’appelle « absence d’affaires du passé ».Les affaires de l’avenir ne sont pas encore arrivées, donc ne les souhaitez pas, ne les cherchez pas, alors l’esprit de l’avenir s’effacera de lui-même, cela s’appelle « absence d’affaires de l’avenir ».Les affaires du présent sont déjà présentes; connaissez seulement le sans attachement dans toutes les choses, le sans attachement est de ne susciter ni haine ni amour, si on est sans attachement, l’esprit du présent va s’effacer de lui-même, cela s’appelle « absence d’affaires du
présent ».

Les trois temps ne peuvent avoir prise sur vous, donc on peut appeler « absence des trois temps »

Même si une pensée surgit, ne la poursuivez pas, alors l’intention de la poursuivre s’effacera d’elle-même. Même si une pensée demeure, ne la poursuivez pas, alors la pensée qui demeure s’effacera d’elle-même, c’est cela l’esprit sans demeure et c’est demeurer dans le sans demeure.

Si on connait clairement qu’on demeure, au moment de demeurer seules les choses demeurent et il n’y a ni endroit ou demeurer ni endroit sans demeure.

Si on sait clairement que l’esprit ne demeure nulle part, j’appelle cela « voir clairement l’Esprit foncier » ou « voir clairement l’Essence ».

Cet esprit qui ne demeure nulle part, lui seul est l’esprit du Bouddha.

On le nomme aussi « l’esprit délivré », « l’esprit d’éveillé », « l’ esprit sans naissance » ou « le vide de la forme et de l’essence ».

Houei-Hai. Traité sur l’ Éveil subit.

http://exdisciplesleblog3.blogspot.com

Juil 19 2017

Jean Klein – Projections


Docteur Klein, pouvez-vous dire quelque chose à propos de tout ce que nous voyons comme une projection?Généralement nous pensons qu’un objet existe hors de nous-même, qu’il a une existence indépendante, mais c’est seulement une croyance. Ce n’est basé ni sur une expérience ni sur un fait. Le prétendu objet qui serait à l’extérieur de nous a besoin de la conscience pour être perçu. La conscience et son objet ne font qu’un. C’est vous qui créez, projetez le monde d’instant en instant. Quand le corps s’éveille le matin, au même instant le monde s’éveille. Vous projetez le monde; c’est bien vous qui créez le monde d’instant en instant.Est-ce que vous voulez dire que l’action crée le monde tel que nous le voyons, de telle sorte que lorsque je m’éveille le matin et que je vois la chambre et ce qui s’y trouve, la chambre existe seulement quand je m’éveille?D’abord, quand vous vous éveillez, vous ne voyez pas la chambre, vous ne voyez que votre mémoire. Vous voyez un angle du plafond et vous dites: «Je suis dans une chambre», mais c’est seulement la mémoire que vous projetez et que vous appelez chambre. Votre vision n’est que fragmentaire. Ce que vous nommez votre environnement est constitué par au moins 80% de mémoire. Quand votre écoute est globale, chaque instant est neuf, sinon il ne s’agit que de répétition. Aussi longtemps que durera le réflexe de vous prendre pour quelqu’un, vous ne verrez que des fragments, et le regard que vous porterez sur votre environnement ne pourra être que fragmentaire. C’est la vision fragmentaire qui crée un problème; sinon il n’y a pas de problème. C’est vous seul qui créez le problème.

Est-ce que cela veut dire que toute relation sera entachée d’un problème?

Absolument. (Rire) Lire la suite


Juil 14 2017

Éric Baret Éloignement

Ne croyez rien, ne vous accrochez a aucune vérité, aucun paradigme, aucun enseignement

 


Juin 9 2017

Bernadette Roberts

 

 

Très tôt, dans sa quinzième année, Bernadette Roberts découvrit que ses moments d’éveil s’intégraient parfaitement à la tradition contemplative chrétienne. Religieuse catholique pendant dix ans, elle décida de quitter le cloître pour fonder une famille. Mère de quatre enfants, elle fréquente un monastère, près de chez elle, et rencontre le Silence des Profondeurs.

L’expérience acquise m’avait permis de me familiariser avec de nombreux types et niveaux de silence. Il y a un silence intérieur, un silence qui descend de l’extérieur, un silence qui met fin à l’existence et un silence qui engloutit l’univers entier. Il y a un silence du moi et des facultés : volonté, pensée, mémoire, émotions. Il existe un silence dans lequel il n’y a rien et un silence qui contient quelque chose. Enfin, il y a le silence du non-soi et le silence de Dieu. S’il était une voie à laquelle je puisse rattacher mes expériences contemplatives, ce serait précisément cette voie du silence qui sans fin se déroule et s’approfondit.

Une fois cependant, cette voie sembla s’arrêter, au moment où je pénétrai dans un silence dont je ne devais jamais complètement ressortir. […]

Non loin de chez moi, au bord de la mer, se trouvait un monastère, et les après-midi où je pouvais m’échapper, j’aimais me retrouver seule pendant quelques instants dans le silence de sa chapelle. Cet après-midi là était un après-midi comme les autres. Une fois de plus le silence m’envahit et une fois de plus j’attendis que la peur vienne y mettre fin. Mais cette fois-ci elle ne se manifesta point. Peut-être parce que cette attente était devenue une habitude ou bien à cause d’une peur réelle mais réprimée, j’éprouvai quelques instants d’incertitude, de tension, comme si je ressentais le contact de la peur. Durant ces instants d’attente, j’avais l’impression d’être au bord d’un précipice ou en équilibre sur une mince corde raide, avec le connu (moi-même) d’un côté et l’inconnu (Dieu) de l’autre. […]

J’entendis un bruit de clés ; la sœur s’apprêtait à fermer la chapelle. Il était temps de rentrer à la maison et de préparer le dîner des enfants. Il m’avait toujours été difficile de sortir brutalement d’un profond silence, car mes énergies étaient alors au plu bas et le simple fait de bouger représentait un effort comparable à la levé d’un poids mort. Cette fois, cependant, il me vint à l’esprit de ne pas penser à me lever, mais d’exécuter ce mouvement, tout simplement. Il me semble avoir appris là une intéressante leçon, car j’ai quitté la chapelle à la manière d’une plume portée par le vent. Il ne faisait pour moi aucun doute qu’une fois dehors j’allais retrouver mes énergies habituelles et mes facultés mentales ; mais ce jour-là, je connus des moments difficiles, parce que je tombais constamment dans cet immense silence. Le trajet en voiture fut une lutte continue contre l’inconscience totale, et la perspective de préparer à dîner équivalait à vouloir soulever une montagne.

Durant trois jours épuisants, je luttai pour rester éveillée et repousser le silence qui à chaque instant menaçait de me submerger. La seule manière dont je pouvais accomplir un minimum de tâches ménagères c’était de me répéter constamment ce que j’étais en train de faire : à présent j’épluche les carottes, à présent je les coupe, à présent je sors une casserole, à présent je mets de l’eau dans la casserole, et ainsi de suite, jusqu’au moment où finalement j’étais si épuisée que je devais me précipiter sur le divan. Dès que j’étais allongée je perdais aussitôt connaissance. Parfois une « absence » de cinq minutes semblait durer des heures ; d’autres fois, c’était l’inverse. Dans cet état d’inconscience il n’y avait ni rêve, ni perception de l’environnement extérieur, ni pensée, ni expérience ; il n’y avait absolument rien.

[…]

Au neuvième jour le silence s’était fait très léger et j’étais persuadée que tout allait rentrer dans l’ordre sans plus tarder. Mais à mesure que les jours passaient et que je retrouvais mon état habituel, je remarquai la disparition de quelque chose ; et il m’était impossible de mettre le doigt dessus. Quelque chose ou une partie de moi-même n’était pas revenu. Une partie de moi-même était encore plongée dans le silence. On aurait dit qu’une partie de mon esprit s’était refermée. J’incriminai la mémoire, car ce fut l’élément qui revint en dernier ; et quand je la retrouvai, je constatai combien elle manquait de relief et de vie, comme les images décolorées d’un vieux film. Elle était morte. Non seulement le passé lointain, mais aussi celui des minutes précédentes, étaient vides de tout contenu.

Et quand quelque chose est mort, on cesse vite de vouloir le ressusciter ; ainsi, quand la mémoire est morte, on apprend à vivre dans l’instant présent, comme si le passé n’existait plus. Que cela puisse alors se faire sans effort – et parce qu’il le fallait bien – était une conséquence positive d’une expérience par ailleurs éprouvante. Et même lorsque je retrouvais la mémoire pratique, je continuais de pouvoir vire sans effort dans le présent. Mais le retour d’une mémoire pratique me fit changer d’avis sur ce qui avait disparu ; je me dis que l’aspect silencieux de mon esprit était en réalité une sorte « d’absorption », une absorption dans l’inconnu, qui pour moi, bien sûr, était Dieu. C’était comme un regard fixé sur l’Inconnaissable, immense et silencieux, qu’aucune activité ne pouvait interrompre. C’était là une autre conséquence appréciable de l’expérience initiale.

Cette interprétation du silence qui s’était fait dans mon esprit (absorption) parut suffisamment convaincante pendant environ un mois ; après quoi je changeai de nouveau d’avis et me dis que cette absorption était en fait un état de conscience, une « vision » d’un genre particulier ; ainsi donc ce qui s’était produit réellement n’avait rien d’une fermeture, c’était au contraire une ouverture : rien ne manquait, « quelque chose » avait été ajouté. Mais par la suite cette idée, elle aussi, ne me parut pas correspondre à la réalité ; elle n’était pas vraiment satisfaisante ; il s’était passé autre chose et je décidai de me rendre à la bibliothèque, pour voir si l’expérience d’autrui ne me fournirait pas la clé de ce mystère.

Il m’apparut bientôt que si cela ne figurait pas dans les œuvres de Jean de la Croix, cela ne figurerait probablement nulle part. Je connaissais pourtant bien les écrits du saint, mais je n’y trouvais pas d’explication sur mon expérience personnelle et n’en trouvais d’ailleurs aucune dans toute la bibliothèque. Ce jour-là, cependant, l’explication m’apparut sur le chemin du retour, tandis que je descendais la colline, face au panorama de la vallée et des coteaux : je tournais mon regard vers l’intérieur et ce que je vis m’arrêta net dans mon élan. Au lieu de percevoir comme d’habitude le centre de mon être non localisé, je vis qu’il n’y avait plus rien ; c’était le vide ; à ce moment une vague de joie sereine m’envahit et je sus, je sus enfin ce qui manquait : c’était mon propre « moi ».

Physiquement, j’avais l’impression qu’un lourd fardeau m’avait été retiré ; je me sentais si légère que je regardai mes pieds pour m’assurer qu’ils touchaient bien le sol. Plus tard je songeai à l’expérience de Saint Paul : « A présent ce n’est plus moi mais Christ qui vit en moi », et réalisai qu’en dépit du vide où je me trouvais, personne n’était venu se substituer à moi. Aussi me dis-je que Christ ÉTAIT précisément cette joie, ce vide. Il était tout ce qui subsistait de cette expérience humaine. […]

Pour moi, cette expérience était la culmination de ma vocation contemplative. C’était la réponse définitive à une question qui m’avait tourmentée pendant des années : où s’arrête le « je » et où commence « Dieu » ?

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